dimanche, 15 mars 2009

Le compagnon de mes nuits blanches

 

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Le coeur lourd. Les pensées pleines de souvenirs.

Parce que c'est ainsi avec la musique. Une note suffit à l'envol, un accord pour que les songes arrivent.

Madame a longtemps rêvé.

D'une fusée qui l'épingle.

Madame vit maintenant.

Quand d'autres meurent.

Madame a longtemps rêvé.

De foudres et de guerre.

Madame sourit maintenant.

Quand d'autres pleurent.

 

On est loin des amours de loin.

Mon amour de loin.

Demain.

 

 

 

 

 

mardi, 19 février 2008

Perfect day

free music

 

Je crois qu'après ça, je serai sans doute un peu vide. Je laisse voguer mes mots. Parce qu'ils sont tout ce que je suis. Souvent en écrivant, je me dis, tu en dis trop, tu te montres trop, c'est trop vrai. 
C'est lors d'une discussion cette semaine qu'elle m'a dit presque comme ça : vrai ou pas, tu sais, ce qui compte ce sont les émotions, les mots. Elle avait raison. Certains n'ont jamais du se poser cette question, celle du réalisme ou non des situations. Et puis c'est vrai aussi, peu importe.

Ce sont quand même des bouts de ma vie exposés là, et je ne sais même plus dans quelle catégorie j'ai enregistré le blog quand je l'ai ouvert. Journal intime sans doute.

Je ne crois pas vous avoir jamais dit pourquoi j'avais fébrilement décidé la création de Fée d'Hiver. Pour une invitation au Musée! C'est pas top ça ? Bon, il y avait aussi l'envie et le besoin d'écrire qui me taraudaient depuis de bonnes semaines.

 

Ce soir, je suis trop lâche pour le grand pas, pour tout fermer, tout faire disparaître. Je n'arrive pas à savoir si ce sont des adieux ou des au-revoirs. J'ai fouillé dans les dictionnaires pour m'aider... Rien de très décisif. Juste une nuance "définitivement/pour très longtemps, pour les premiers ou juste prendre congés, pour les seconds". Et puis dire si je vais revenir demain, dans dix jours, dans un mois ou jamais... Je ne sais pas. Pas encore.

Vous avez bordé mes nuits de vos mots, vous m'avez fait sourire, parfois pleuré. Et puis de jolies rencontres. Mêmes de très belles. On a beau dire que c'est du vent, que c'est souvent irréel, impalpable. Je n'y crois pas.

 

Et puis les mots de Verlaine:

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cour
D'une langueur 
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand 
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens 
Et je pleure,

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la 
Feuille morte.

 

 

Le livre que je lis en ce moment : "se résoudre aux adieux" de Philippe Besson.

Il y est dit "Aimer, ce n'est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées. C'est avancer funambule au-dessus des précipices et savoir qu'il y a quelqu'un au bout qui dit d'une voix douce et calme : avance, continue d'avancer, n'aie pas peur, tu vas y arriver, je suis là."
Et aujourd'hui, ce jour, plus que jamais... Avancer...

J'aurais même pu les écrire ces mots.
J'aurais rajouté qu'aimer c'est aussi savoir l'autre, le sentir, devancer ses mots. Les mêmes mots. Se dire "comme si je l'avait fait(e)".

 

Je ne sais pas pourquoi je pense à la mer ce soir. Sans doute parce que je ne peux pas y aller. Parce que ça serait louche. Peut-être aussi, que, comme une petit fille gâtée, j'ai envie de ce que je ne peux pas avoir... Vite, là, tout de suite.
Peut-être que même, je n'en suis pas vraiment une... J'aime les choses simples, les petites attentions. Pas besoin de gros cadeaux, pas besoin de grand discours. Recevoir un message, passer la journée à parler, à rire, à jouer au "go" pour synchroniser l'écoute des morceaux de musiques partagés, à engloutir des crocodiles haribo (les rouges d'abord, parce que tout le monde se jette sur eux et qu'après il n'y en a plus) ou des mars glacés (quand ils n'ont pas tous été mangés)... Des traces ci et là... Une présence.

 

Peut-être que cette note n'a ni queue ni tête, pas vraiment de début et pas de fin non plus. Peut-être parce que je n'aime pas les fins, qu'il est tard et que je n'arrive pas à aller me coucher... Peut-être parce que je ne veux pas qu'elle prenne fin, cette journée... Peut-être...

 

samedi, 16 février 2008

Dizziness

L'absence et le silence
Le vide, le vertige
Ceux qui déchirent
Ceux qui coupent le souffle

Un jour, ça passe ?
Oui, forcément, un jour ça passe...

jeudi, 07 février 2008

Le frère que je n'ai jamais eu

Quand ça a commencé, j'avais 14 ans. Avant, on se détestait.

Pourquoi ? Je ne me rappelle plus très bien. Avant, bien avant, ces vacances, on se voyait de temps en temps dans le bistrot que fréquentaient nos pères. Traîner là-bas m'était insupportable, alors quand je la voyais, je devais la détester aussi. L'ambiance hostile, les moments amers. On aurait pu puiser en nous la force de trouver le moment agréable, deux figures adolescentes et féminines dans cette atmosphère d'habitués bourrés et très cons. On a pourtant préféré ressentir le dédain et l'ignorance, teintée de légère méchanceté. Regards en coin, chiens de faïence. A celle sans doute qui quitterait l'enfer saoulographique avant l'autre. Jalouse sans doute quand c'était elle la première.

 

Et puis un jour, un voyage en ski. A peine quelques heures de car et me retrouver déjà dans les bras de mon ...  ( de mon quoi d'ailleurs, à cette époque là, on disait quoi ? Mon amoureux ? Mon petit copain ? Allez, va pour mon petit copain ) petit ami, moniteur de son état. Quelques années nous séparaient. J'avais sans doute déjà, à l'époque, un léger penchant pour les hommes plus mûrs !

Et celui-ci de me présenter Elise. Elise était la petite soeur de son meilleur ami. Elle était venue parce que la vie chez elle n'était pas toujours simple, il voulait lui apporter un peu de bonheur.
D'un accord tacite entre elle et moi, elle parce qu'elle lui devait d'être là, et moi parce que j'avais envie de rester dans ses bras, nous avons fait comme si nous ne nous connaissions pas et avons laissé le hasard faire ce qu'il avait à faire. Nous avons discuté, beaucoup, sans jamais évoquer notre "passé" commun. Après cette semaine de découverte mutuelle, finalement, Elise et moi avions décidé de ne plus nous quitter. Nous nous étions, en plus de nos pères alcooliques, découvert une multitude de points communs, de la passion pour la musique, les poètes et l'écriture.

Rentrés des sports d'hiver, nous avons continué à nous voir. On ne se quittait plus, très souvent avec son frère, parfois avec mon petit copain.

Son frère... Son frère, au fur et à mesure, et malgré son addiction destructive à l'héroïne, était devenu presque le mien. Le soir pour m'endormir, il sortait sa guitare et me chantait "toi, le frère que je n'ai jamais eu, ..."

Parfois, il disparaissait de nos vies pendant des jours, nous le pleurions toutes les deux, nous mêlions nos douleurs intenses. Nos peurs. D'autres soirs, il entonnait, gratte à la main, toutes les chansons de Noir Désir qui me hantent encore aujourd'hui. De Marlène à Pyromane, du fleuve à the Wound. Je les ai toutes apprises par coeur, à force de soirées passées avec lui.

Il nous épargnait ses shoots, mais nous laissait parfois dans la terreur des redescentes. Il nous berçait avec Starway to heaven et tailladait les canapés à coup de canif après avoir volé le téléviseur. Il me lisait les poèmes de Jim Morrisson et perdait connaissance trois heures après.

Il a connu les crises de manque, la violence, les dents qui se déchaussent, l'amaigrissement, les deals. Nous, on rangeait les bouteilles de vinaigre, les petites cuillères cramées, les garrots.

 

Parfois, il y a des moments de notre vie ou de la vie de nos proches qu'on efface, des actions dont on n'éprouve que la légère rémisniscence, de temps à autre. 
Avec papa, par exemple, c'est assez étrange. Il m'en a tellement fait baver les dernières années de sa vie, que j'ai toujours du mal à me rappeler nos bons souvenirs et, pire encore, ses bonnes actions.
Et pourtant, aujourd'hui, si le frère est toujours en vie, si il a arrêté la came, c'est aussi un peu grace à lui. Mon père, contre qui j'ai encore tellement de rancoeur. Mon père, dont les souvenirs sont encore teintés d'angoisse et de douleurs. Mon père avait aussi été cet homme là, celui capable d'aider un homme à se sortir de cet enfer. Oui, capable aussi de ça.
Et moi, ça, égoïstement renfermée dans mes propres souffrances, j'avais presque oublié.

 

vendredi, 25 janvier 2008

Est-ce qu'il sent ?

Moi, je me dis qu'à sa place, je le verrais comme le nez au milieu de la figure. Je sais, elles disent toutes ça, les femmes trompées, elles disent toutes qu'elles sauraient. J'ai l'horrible prétention d'affirmer que j'en suis sûre. Je doute beaucoup, mais là-dessus, je suis pleine de certitudes.

Je ne crois pas qu'il puisse avoir une autre relation. Matériellement difficile, sexuellement presque incompréhensible. Je me demande même parfois si les choses ne seraient pas différentes s'il était infidèle.
Il aurait peut-être plus envie de moi. Comme les fois où, en pensant à celle qui ne serait pas là, par exemple, il s'imaginerait la prendre rapidement dans les toilettes d'un restaurant où ils se seraient donnés rendez-vous. Ou alors le lendemain d'une étreinte charnelle, quand son corps en manque réclamerait.
Il aurait sans doute aussi envie de faire plus, que de me faire tranquillement et paisiblement l'amour (quand ça nous arrive...). De changer, de tester, de vérifier.

Alors est-ce qu'il sent ? Est-ce qu'il se doute ?
Parfois, je ferme les yeux pour ne pas avoir à y penser. Sent-il que je m'éloigne ? Que je lutte pour garder la tête hors de l'eau, que je me demande à quoi bon... Que j'ai envie de rester. Que je pourrais aussi partir.
Je pèse, je soupèse, mes "pour", nos "contre". Les points communs, les routes divergentes.

A plusieurs reprises, depuis des années et comme toujours, je lui parle, je lui explique. A chaque fois, il semble comprendre. Il me dit "oui, je sais". Il sait que j'ai du mal à supporter qu'il n'ait jamais envie de me faire l'amour sans prévenir, sans rendez-vous ou qu'il ne me désire plus (pas). Il sait mes manques. Nos différences.

Peut-être qu'aujourd'hui, j'ai moins envie. Moins envie de lui dire, d'amorcer le sujet, de lancer la discussion. Je devrais, mais je n'y arrive pas. Peut-être mes derniers remparts de protection. Alors, pour une fois, je fais comme si. Un moment, le temps d'un repos, le temps de mes questions, le temps de mes réponses. Je devrais partager. Je devrais...

 

 

vendredi, 18 janvier 2008

Autres mots - Mots des autres

"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes"

 Henri Calet

 

Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que je me sens vide, je n'ai que les mots des autres en tête.

jeudi, 17 janvier 2008

Au stop

Elle tourne dans ma tête... Depuis ...
L'album, c'est Sauter du nid
L'artiste c'est Fred
J'aurais voulu que vous puissiez l'entendre....

 

 

Tout a commencé
Sûrement le jour où je suis né
Le jour où je n'ai pas croisé la bonne fée
Qui aurait fait de moi ce que je ne suis pas
Ceux qu'il m'arrive d'envier parfois
Ceux que la vie a doté d'une chance
Oh mais moi
Malheureusement je n'en suis pas là
Et privé de ça pour qui devrais-je
Mener un combat
De toute façon pas la peine
Je connais la rengaine
Mais je n'ai pas la force
Mon amour pour la vie s'est soldé
Par un divorce
Moi aussi j'ai rêvé de connaitre l'idéale idylle
Le désir la passion pour ne pas perdre le fil
Et quitter sur le champ la ville
S'isoler sur une île
Au lieu de ça ma vie file
Se faufile et défile sans domicile fixe
J'ai toujours relevé la tête même à genoux
Mais-ce soir je suis fatigué
De lutter et pense sérieusement
A tout déconnecter
Mais l'âme stressée le cerveau compressé
Comme usé par la guerre des nerfs à laquelle
Je dois me livrer
Subir sans pitié sans répis
Voilà ma vie
Quand gris semble l avenir
Et noir est la couleur de mon esprit
J'n'essaye plus de comprendre
Ni de me faire entendre
Je suis le troupeau
Avec un numéro collé dans le dos
Métro boulot aseptisé du cerveau
Quand mon ultime évasion se trouve
Dans le flot de ces mots
Mais quarante ans de déboires
Passés à la lumière du désespoir
Tu peux me croire ça laisse des traces dans le...
J'ai les neurones infectés. fatigué de lutter
De devoir supporter la fatalité et le poids
D'une vie de raté
Voila pourquoi je m'isole pourquoi je reste seul
Seul dans ma tête
Libre, d'être un esclave en fait
Battant en retraite
Fuyant ce monde d'esthète
En me pètant la tête
Ok j'arrête net
J'appuie sur la gâchette.

 

Vous l'entendez ? Elle est un peu triste, certes... Mais bon...
M'en veuillez pas, je suis juste un peu comme ça aussi.

 

mercredi, 16 janvier 2008

Acquit de confidences

Les bouleversements soudains, les évolutions progressives, les changements radicaux. Au quotidien, nous vivons tous avec. Du moins nous tentons. Capacité d'adaptation plus ou moins développée, aptitude à la frustration sur échelle de 10, propension aux caprices VS tendance attentiste, nous avons tous en nous les défauts de nos qualités qui nous pourrissent ou nous aident à faire face.

Je sais qu'il n'y a jamais rien d'acquis. Oui, ça, je le sais bien. Les certitudes d'aujourd'hui ne seront peut-être plus celles de demain. Et puis, les promesses d'un jour ne sont jamais les promesses de toujours. 

Comme la publicité "parce que le monde bouge".

Je crois que souvent, pourtant, j'y ai cru, comme des paliers en dessous desquels on ne redescend plus. Et même, j'y crois encore. Oui, j'y crois encore.

 

Des changements naissent nos belles choses, les remises en question nous poussent souvent à nous dépasser ou à être meilleur (tout au moins, différent, un peu). Dans toute révolution, il y a un bon à prendre et un mal à gérer.

 

Parfois, j'aimerais juste me reposer un peu, sans être en permanence sur le qui vive. Je ne cherche pas à figer ma vie, les sentiments ou les actions, parce ce que lorsqu'on s'arrête, qu'on recule c'est qu'on est mort (certain se persuadent même de l'être).
Moi je suis trop en vie. Pas vraiment/parfaitement/totalement/complètement/pas du tout heureuse (rayez les mentions que vous trouvez trop tristes, cyniques ou douteuses, moi je n'y arrive pas)  mais profondément en vie.

 

On m'a demandé quel était mon rêve du moment. Ce soir j'en ai un : arrêter le temps. Une soirée, une nuit, deux jours. Avoir la certitude totale de pouvoir fermer les yeux ne serait-ce que deux minutes, sans que rien n'ait bougé au réveil. Savoir que tout sera là, posé comme c'était : le cadre du souvenir au fond à droite du labyrinthe de ma tête, la chaleur de ta présence immatérielle, en bas à gauche. Juste le temps de prendre un peu de poussière, juste un peu. Savoir que tu seras là, quoi qu'il advienne. Que mes yeux ne pourront s'ouvrir que dans dix minutes, dans deux jours ou dans trois mois et que tu veilleras toujours sur moi. C'est peut-être pour cela que je ne dors pas. Je repousse presque chaque soir les limites de mes nuits. J'ai sans cesse peur. Je sais bien, je la connais la maxime à la noix "la peur n'évite pas le danger", la peur ne sert à rien, ne protège pas des douleurs à venir, ni des présentes. Pourtant parfois, j'ai du mal à me raisonner. Comme le fumeur qui sait que c'est mauvais pour sa santé.

 

Imaginer une plage aux abords bien dessinés, sol bien ferme. Et puis non, sable mouvant...

 

 

Aujourd'hui, ils ont tous dû sentir que j'en aurai besoin. Qu'affronter mon soir ne serait pas aisé. (je ne le savais pas moi-même). Alors comme un message diffusé en murmure, les attentions se sont fait douces : du thé apporté et servi brûlant rien que pour moi au message griffonné et envoyé entre deux réunions, de l'appel de l'Ami aux baisers de l'enfant.

 

Rideau...

mardi, 18 décembre 2007

Imprévu

La fatigue, elle est là, elle m'envahit.

Pourtant je lutte, un peu, comme à chaque fois.

Je devrais me laisser aller, je devrais.

Je suis toute floue. Je pense à toi.

Ce soir je suis seule, j'aurai pu être à toi.

Je me suis enveloppée de ta chaleur,

Bain brûlant.

A toi...

Si seulement.

Demain matin, peut-être ?

 

lundi, 10 décembre 2007

FW, For Women and ForWard

Le prospectus qui accompagnait notre billet disait "Femmes confinées, cloîtrées, empêchées, déchirées. Femmes libres et 'libérées'. Entre le corps social et le corps intime, face au miroir, face à l'image imposée, les femmes vivent sous pression : pression de l'esthétique, pressions idéologiques, pressions domestiques..."

 

Six actrices sur scène. Des femmes internées en hôpital psychiatrique. Aucune parole sur scène. Une musique lancinante Des corps qui se meuvent. Derrière des panneaux amovibles d'abord, ombres chinoises. Une sorte de malaise s'installe dès le début, l'oppression.

Balais incessant de ces femmes cachées, protégées par ce mur de papier. Il suffirait d'une main décidée pour le fendre.

 

Deux femmes finissent par sortir de l'anonymat. Plus que leurs ombres, nous découvrons leurs visages. Sérieux. L'atmosphère est pesante. L'enfermement se lit dans leurs yeux.

Dans leurs costumes rouges, amples, elles tentent de libérer leurs corps. Ils ondulent, d'arabesques en arabesques. Et puis de nouveaux la contention. Pour symboliser cette absence de liberté, leurs mains se rejoignent, se collent et s'insinuent, à deux, dans des gants énormes. Verts. La danse est maintenant contenue, les gestes doivent être courts, les mouvements restreints.

 

Je sentais la pression monter. Mon amie, assise à côté. Je sentais mais ne disais rien. J'étais juste attentive à sa respiration que je jugeais difficile. Pourtant, avant la représentation, nous avions beaucoup ri, mangé, échangé. Je lui avais raconté ma semaine à venir, mes écrits, mes sensations du moment, le tout sur le ton léger des petits bonheurs de partage.

Mais là, tout était différent, sérieux, grave. Une femme, seule au milieu des autres. Debout. Elle semble forte et pourtant. Immobile, elle se laisse faire. Son cou est désormais couvert de bandes autocollantes qui rejoignent le sol, tels les fils d'une toile d'araignée. Les autres femmes s'attaquent à ses poignets maintenant. Liés aussi au sol. Elle ne démontre aucune résistance. Passive.

 

L'allégorie de notre propre condition sous nos yeux. La fable allait bien au-delà de l'emprisonnement psychologique de ces femmes internées, elle nous mettait face à nos propres prisons. En pleine réalisation d'elle-même, séparée depuis peu, mon amie a pris la scène comme un choc. Ses sanglots, contenus d'abord, ont fini par exploser. Elle tremblait. Mes caresses n'y faisaient rien. Elle avait trouvé refuge dans mes bras et n'avait pas pu regarder la fin. Je l'avais senti décharger à la fois la tristesse, la rage, le désespoir. Elle ne tenait pas devant cette femme immobile, qui ne luttait pas, qui se laissait faire. J'avais envie de prendre un peu de ses pleurs pour l'aider.

 

Mais elle se sent seule. Seule face à ses barrières, seule face à elle-même. L'est-elle vraiment ? Elle sait qu'elle est sur le bon chemin, celui de sa nouvelle vie de femme. Mais elle se sent encore terriblement enfermée. Il faudra qu'elle apprenne la main tendue, qu'elle apprenne le partage des souffrances, le partage des mots.

 

Sur le chemin du retour, alors que je savais mon amie en souffrance, je me suis vue terriblement chanceuse. Du haut de mes **ans, j'avais déjà pris conscience du poids des autres et de ma propre liberté.

 

 

Toi, ma douce, ma belle, laisse toujours ta porte ouverte, pour moi, pour les Autres. Tu sais vivre seule, tu n'as besoin de personne, mais la vie est tellement plus belle avec les autres, surtout avec Lui.

 

 

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