vendredi, 16 mai 2008

Et si

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Ils ne nous ressemblent pas.
Tu es bien plus beau.
Mes cheveux bien moins disciplinés.

Nos draps seraient bien plus froissés encore.
Les oreillers à terre.

Nous n'admirerions pas la mer.
Je te regarderais droit dans les yeux.

Nous ne serions pas assis.
Je te ferais face. Droite et fière.
Fière d'être là.
Fière d'être ta.

Seule ta main, peut-être, serait contre mes fesses.
Ou sur ma hanche.

Dans nos silences, il n'y aurait pas leur solitude. Celle qu'ils tentent de partager, au milieu de leur désespérance.
Dans nos silences, il y aurait tout. Notre musique, le manque de Nous, nos tendresses, notre amour, nos pleins, nos creux, nos désirs.

Au dehors. Il pourrait y avoir les nuages, l'orage, ou les pluies. Diluviennes, torrentielles ou fines. Ou même le soleil, timide ou éclatant.
Au dedans. Nous serions inondés de nos sueurs, trempés de nos larmes, chavirés de l'éclat de nos effusions, soulevés par le vent de nos gestes brusques, caressés par la douceur de la rosée des matins.

Nous ne serions pas aussi calmes.
Mon coeur battrait trop fort, mon sang affluerait bien trop vite. L'allure effrénée.
Ton corps hurlerait le désir. Ta voix murmurerait tes secrets indécents.

Si.

 

 

 

 

samedi, 03 mai 2008

Toi

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Dire beaucoup.
Dire ton sourire quand mes peurs me rongent.
Dire tes mots quand mes déraisons m'envahissent.
Dire ta présence quand l'absence me retourne et m'envoie en l'air.
Dire nos rires.
Mais juste un souffle... Loin.
Je le dépose à mes pieds.
Un galet. La mer.
Elle fera le reste. Tu la connais si bien ...

Et des jours, pleins. Beaux pour toi. Encore et encore...

 

mardi, 22 avril 2008

Dreams Machine

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C'est ma folie et ma raison dans ses mains. Sans doute l'a-t-il senti ? Je les y ai déposés. Minuit. L'heure où la nuit luit, tout de gris. Barbouillée. Quelques touches dorés. Filantes.

J'ai fermé les yeux très fort. Si fort. Je me suis endormie. Peut-être ses bras au milieu de mon fouillis. Des tas d'Incertains, des piles d'Envies, des amas de Passé, de Présent, de Demain. Faire valser. Jeter. Tout mélanger. Au milieu, tant à créer. Et par dessus, les nuages.

Tic tac. Sensation parfois oppressante du manque. Le manque de volupté, le manque de rire, le manque de temps. Souvent alors, ce Manque enveloppé de sa tendre amie la Peur se pare de l'Insensé. Vite, Mal faire, Briser, Douter, Ébrécher. Consumer.
Mais là, dans ma nuit, le calme. Les battements du coeur à la mesure du crépitement de la bougie. Vivante. L'intuition reposante d'être les minutes dansantes de ses heures. Et les secondes s'abandonner.

Des petites bulles de temps s'entrechoquent doucement. Des matins de mélanges aux langueurs écrasantes de l'hiver enneigé. Des nuits de balades au bitume brûlant même après la douce pluie de l'été. Des journées de guets aux rivages des mers agitées par l'éveil du printemps. Une vie réinventée aux indolences du vent un peu gourd dans les feuilles de l'automne.

Peut-être n'ai-je pas rêvé. L'instinct de l'évidence. A peine déshabillée, les rubans. Sur le lit. Et les papillons s'envoler.

 

 

Photographie : IneedChemicalX

dimanche, 20 avril 2008

La robe

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Habiller ce matin mon corps en naufrage. Une jolie robe. Légère. Douce aux fibres d'envies.
Couturière. J'amoncelle et j'amasse, petit tas, tous les mots. Ceux du soir, du matin, ceux de rien, même ceux qui sont tus, ceux que je ne lis pas.
Je les couds un à un, les assemble à l'envi. Un Toi contre un Moi, un Voyage à l'envers d'un Baiser, un Soir collé aux Étoiles, un Bientôt adossé à ta Main.
Et beaucoup d'autres encore. Ceux portés par les mers. Bouteilles en creux, vagabondes.
Ceux portés par nos souffles, nos soupirs, nos impatiences. Et mon cri intérieur. Incisif.

Tu les vois, les guirlandes, rubans de mots s'enchaîner tout autour. Des Peut-être me couvrir, des Caresses m'enrouler. Présence et absence, l'envers et l'endroit du même vêtement pour me réchauffer.

Une heure, puis deux, quelques minutes et des secondes, des centaines. L'air. Le vent. Sens comme il s'engouffre. Les plis de l'étoffe. Il soulève les Jamais, nourrit les nuages des Mélancolie et Tristesse. Quelques Toucher, Avide, Larme, Peau, Goûter s'emmêlent et se posent au creux de ma main.

Regarde dehors, le ciel. Entre chien et loup. Maintenant. Que reste-t-il de l'éphémère voile aérien ? Et s'il ne devait y avoir qu'un mot pour habiller ma nuit...

 

 

free music

Photographie : Can Su Boguslu

jeudi, 17 avril 2008

Rêveries

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Se toucher. Arrêter de mourir comme arrêter de courir. Respirer. Il reste une chanson. Écoute. Prends ma taille, vole mon bras, mes jambes. Emmène-moi où je t'attends. Infiniment. Patiemment.

Investis mon corps, le sang qui coule. La berceuse, tu l'entends. Écoute, elle te dit comme j'ai froid. J'ai froid, j'ai froid, j'ai froid. De toi. Accrocher le revers du coton blanc des nuages survoltés. Et ta main.
A ma bouche se posent quelques mots. Rêver, dormir, tendre, enlacés, toujours. Un fouillis incroyable.

Pour l'éclat, il faut sentir l'absence, rouge. Pour la lumière il faut saigner des larmes noires. Écoute. Doucement. Les mots arrachés à l'épaisseur des brûmes.

Peindre les couleurs, essuyer le vide entre toi et le flux dans mes veines. Le chiffon des murmures. Ecoute. Sur la palette, tout se mélange. Comme nos corps abandonnés. Comme les gouttes de pluies rassemblées. Flaque. Eau libre.

Maintenant, se retirer. Laisser la musique trimer sur son labeur mystérieux. Écoute. Tintinnabuler, tintin-mare, s'envoler. Les notes se frôlent mais ne se touchent pas. Froissement délicat. Le rythme est là. La mélodie en deux temps. La présence et l'absence, le silence et les non-dits trop bruyants, le vide et toi. Et puis vite, l'un. L'autre. Un, si fort.

Je me glisse sous tes paupières, c'est la nuit. Je t'envoie mille éclats de lune, mes pincées de plumes. Écoute. Le chant aigu du lointain. Se mélangent nos couleurs. Ocre, terre de soleil. Brillant des étoiles. Tu les vois, je les imagine. J'ai compris les minuscules, accepté les infimes. Des songes. Poussière. Mon or.

 

 

free music

mardi, 01 avril 2008

Vers l'horizon

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Il est des regards.
Des regards, trempés de larmes, qui finiraient complices, amis. Fatalement.

Pourtant, dans ces yeux jamais admirés, y lire la rage qui transperce le coeur. Sentir le venin du doute s'y répandre.

Soupçonner le ravage des épines de la peur. Aiguillettes acides s'enfonçant, une a une, dans une chair meurtrie. Deviner la défaillance d'un corps épuisé de souffrance.

Vouloir alors prendre sa place, l'épargner un instant. Réclamer son repos.
Le crier.
Un râle continu de douleur sans autre écho que la violence infâme des vagues déchaînées giflant la digue. Ressac indécent.

Dérisoire caprice de l'enfant gâté. Trépigner dans le profond, taper du coeur à l'intérieur. Ressentir l'impuissance des distances inouïes.

Dessiner enfin la folie des mots réconfortants pour panser la béance inconcevable.
Dans le vent, murmurer le feu qui réchaufferait son âme fendue du chagrin. Dans les brumes, hurler le doux qui envelopperait les bribes de son esprit disloqué.

Deviner le déferlement pudique des perles salées.
Entrevoir le vacarme étouffé des sanglots serrés.

La tempête. Se calmer, un peu. Équilibre fragile.

Lui écrire.
Lui narrer l'infinie solitude.
Lui raconter les mots partagés comme des offrandes aux douleurs profondes, aux soleils enchanteurs, aux bonheurs merveilleux.

 

Souffle coupé, espérer son sourire, sa paix.
Une main tendue.
Horizon.

 

 

jeudi, 27 mars 2008

Je vous

 

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Je vous écris. Il est tard, j'ai veillé.
J'ai tourné le dos au marchand sombre et à ses sacs emplis des poussières de cailloux. Criant le sommeil. Hurlant l'épuisement.
Irrévérencieuse, j'ai refusé de lui ouvrir la porte.
Arrogante, j'ai esquivé la fin de mon jour et j'ai décliné son invitation à l'entrée dans la nuit.

Je vous écris souvent. Les mots en nuée.
Dans les creux de mon âme. Rarement l'encre est jetée sur le blanc d'une feuille comme le seraient mes caresses sur votre peau.

Dans l'obscénité du noir qui me cajole, je suis la solitude provocante, je suis l'errance impolie, je suis la sauvagerie immorale.

Je guette la nonchalance du crépuscule pour l'éclosion de mes caprices impudiques. J'attends le silence des endormis pour laisser se déchaîner mes envies pornographiques.

Je vous écris. Dans un coin de mon être.
Les mots alors tournent. S'accrochent les uns aux autres. Se bousculent avec une violence incongrue. Insolente.

Frénétique, je vous imagine dévorant chacune de mes pensées comme si votre vie en dépendait. Chaque lettre invisible, chaque mot indicible, pour vous comme une fureur excessive. Brutale.

Je vous écris. Mon papier immaculé.
Dans l'insaisissable, sentez le vif ardent. Dans l'impossible, vivez le carmin incandescent. Dans l'irréel, soupçonnez le pourpre scandaleux. Dans l'utopie, respirez le rouge dépravé.

Indécente,
Votre.

 

 

Illustration : Catherine Izzo

jeudi, 20 mars 2008

De l'un. Pression

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Elle était l'atome, le tout petit. L'un des constituants fondamentaux de leur matière. Son corps simple criait le besoin. Aimanté.

De la tempête brûlante qui la dévastait, elle réclamait ses mains. Fouiller l'intérieur du vivant. Faire naître de l'intime le noyau de chaud qui l'iradierait encore plus.

Sa peau. Toute. En proie aux empreintes appuyées de la pulpe de ses doigts. Auréoles blanches. Ses hanches. Et son corps marqué. Elle l'aimerait pour toujours. Des traces. A jamais, d'eux.

Dans le clair de sa nuit, ils se sont caressés, touchés, engouffrés. Ils ont mélangé leurs odeurs pour n'en créer qu'une. La réminiscence de leur musique.

Solaire, elle le voulait perdu dans ses rayons. Plus de nord ni de sud. Juste sa queue, en dedans. Et le balancement de leur vie entre leurs corps. Noués.

Pressés, léchés, trouvés, écartés, pénétrés, mêlés.
Comprimés, gonflés, infiltrés, inventés.
Tout entier.

Flottants. Dans l'apesanteur de leurs morts insolentes, ils ont transgressé les creux, les écarts, le vent. Fourvoyé le destin de leur arrogance. Jusqu'au bout des ongles.

Leur suffisance en dérision de leur dissidence infinie.

  

 

mardi, 04 mars 2008

Gueule. De boire.

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Elle se lève. Elle a trop bu hier soir. Les rythmes endiablés, les corps échauffés, l'anniversaire. Trinquer, encore et encore. Mais là, c'est elle qui trinque, et toute seule.

Elle jette un rapide coup d'oeil autour d'elle. Sa jupe. Elle se souvient l'avoir balancée. Comme elle se déshabille, les vêtements traînent. Un bas, un deuxième accroché au bras du fauteuil en velours. Deux verres au sol, une flaque sur la moquette.

Une touffe de cheveux bruns, très foncés, bien enfoncés dans l'oreiller. Respiration lourde. Son souffle, presqu'un râle.

Des flashs. Elle l'avait vu arriver. Premières oeillades sensuelles. Une danse langoureuse. Échanges de regards sérieux, désirant. Chaud. Extérieur. Une main. Un taxi. La serrure. Une bouteille de vin. Des baisers. Des éclats. Des rires. Des caresses. Les fringues qui valsent. Les corps enlacés.

Là, le noir a coulé. Les yeux cernés. Le cauchemar des tambourins dans sa tête éveillée.

Et pourtant, elle sourit. Il était encore dans son lit ...

 

Illustration : Valdimir Borowicz  

 

 

 

samedi, 01 mars 2008

Jealousy

230183187.jpgExterieur nuit

Elle : Tu ne l'es même pas un peu ?
Lui : On en a déjà discuté, tu sais...
Elle : Oui, mais tu pourrais. Quand on aime, parfois, on...
Lui : Et puis ce n'est pas parce que je ne te le dis pas, que je ne ressens rien.
Elle : Alors, tu l'es ?
Lui : ...
Elle : Tu pourrais me faire une crise ! Alleez ! Et puis en plus, ça serait notre première engueulade !
Lui : Je ne suis pas sûr que ça te plairait. Et puis, tu sais que je ...Je pourrais être très... 
Elle : Ouais... Tu m'aimes ?

 

 

 

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