lundi, 10 mars 2008
Des vieux amants

C'était ça ce matin tôt ? une main en fantôme ...
J'ai senti le linge humide sur mon pauvre front. Sa peau luisante, jaune, creusée comme un vieux drap. Et sur mes lèvres un verre frais, un filet d'eau a coulé sur leurs gerçures.
Je ne suis plus que rides et sueurs âcres.
Tu es encore si belle dans mon souvenir, et les quelques mots que nous nous envoyons encore, comme au temps de notre folie, gardent l'absolue vérité de l'amour que nous n'aurons jamais fait, nous qui nous sommes tant caressés.
Aujourd'hui est mon dernier jour, continue de nous écrire, j'ai tant aimé ton dernier roman. Ton prochain sera le premier que je ne pourrai pas lire, mais je vois déjà le titre " Jamais trahis, jamais haïs ", que tu dédicaceras à ta fille. Un de ses tableaux fera la page de couverture.
Encore un mot, ma douce belle : j'ai gardé dans un coffret toute notre vie. Et quelques morceaux que je n'ai jamais publiés. Tu en recevras bientôt la clef et le lieu où il se trouve. Peut-être n'iras-tu jamais le chercher, mais la clef au moins fera un joli pendentif. "La clef", joli titre aussi.
Voilà, il est temps.
La vie est belle.
A nous,
en nous.
Illustration : Robert Doisneau
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