lundi, 24 novembre 2008
Madame

Madame, Madame, on rêve seul, Madame
On a dû vous le dire, Madame
Et puis, l'on rêve trop, Madame
Cela on vous l'apprit, à vos dépens, peut-être,
Ou à votre profit... Madame
Et que ferions-nous d'autre?
On rêve, et on est seul !
Madame
Madame, Madame, on rêve tard, Madame
Quand on a la malchance, Madame
De manquer de hasard, Madame
Ou bien de providence ; d'être désaffecté,
Comme un mort inutile ; Madame
D'être désamouré,
Comme un coeur imbécile
Madame
Madame, Madame, on rêve bien, Madame
Quand on a bien baisé, Madame
Quand on a su coller, Madame
Deux bouches à notre faim
Deux fois deux bras étreints
Deux fois deux yeux noyés, Madame
Dans ce rêve commun
Qu'on appelle : s'aimer
Madame
Madame, Madame, on baise trop, Madame
Quand on a dans les reins, Madame
Cet impérieux démon, Madame
Qui ne vient jamais tard,
Qui ne part jamais tôt.
Madame, on aime tant, Madame
Qu'on a tort et travers,
Quand on a vos yeux verts,
Et qu'on le sait autant
Madame
Philippe Léotard
Aujourd'hui cette chanson au creux de moi. Pour tellement de raisons. Et aussi parce qu'un ami a mal. Mal à l'âme...
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mercredi, 14 mai 2008
Le roc

Être un nuage déchiqueté que tu tentes de recoudre. Le fil
Être une nuit noire et profonde que tu t’acharnes à barbouiller de lumières. La peinture
Être un abîme de doutes que tu aides à combler. Le caillou
Être une mer de peurs que tu sais apaiser. L’écume
C’est sans doute ça un ami.
Dans les silences, tu sais. L’instinct
Au milieu du fouillis des mots déraisonnables, tu es un nord inaltérable. La boussole
Entre les errements, tu devines. Le roc
Au cœur des besoins de certitudes, tu as vécu. Le modèle des possibles
C’est sans doute ça un ami.
Parce que tu écoutes les rêves et que tu encourages la petite main qui façonne les tours délicates d’un château éphémère. Grain de sables.
Parce que tu sais cueillir au milieu des pleurs, le fruit incroyable des espoirs. Aussi fragile qu’un petit rien. Pétales incertains.
Parce que tu as tendu la main et que tu as exalté les guirlandes de mots empoussiérés de n’avoir jamais été dit.
C’est sans doute ça un ami.
Parce qu’un jour, assis sur des galets froids, quand l’heure des contes eut sonné, tu fus l’alchimiste qui, recevant dans une main le cri désarmant d’une douleur inouïe et accueillant dans l’autre le fruit amer de quelques larmes, au gré du vent, réussit à en créer une douce mélodie. Celle du rire.
Parce que tu es. Un Ami.
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jeudi, 06 mars 2008
Insidieuse

Il fume. Encore.
Demain, c'est fini. Enfin, c'est ce qu'il se dit, les jours comme aujourd'hui.
20h08, la dix-neuvième de la journée.
Il n'a toujours pas pris sa décision. Son reflet dans le miroir.
Il les voit bien, dansantes, les volutes bleues, comme des fantômes.
Pourquoi en était-il arrivé là ? Mais surtout comment ? Se laisser prendre dans le tourbillon. Il avait pourtant juré qu'on ne l'y reprendrait plus.
Inspirer, expirer, relâcher. C'est peut-être l'odeur sur ses doigts qui lui manquera le plus si un jour...
Le manque. L'odeur juste après. Quand tout a été consumé, consommé.
Une question de volonté, d'envie. Toxique ?
L'envie, qui arrive sans prévenir. Elle, en peu de temps, addictive, envahissante. Délétère ? Comment faire ?
L'écraser.
Des cendres.
Illustration : Serge Guérand
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