lundi, 28 avril 2008
Sans étoile

Il est minuit. Il fait faussement bon. Soif des ivresses de ces longues nuits où le soleil ne meurt jamais. L'envie subite de m'allonger sur le bitume. Sentir.
Abandonner mon corps, mes mains, mon esprit. Là, posés, comme une offrande à la nuit. Le sacrifice de ma propre chaleur pour marier la démesure.
En échange, le noir me livre ses impénétrables. Il partage le vent qui bat une petite mesure. Soulève mes cheveux. Une mèche sur mon visage. Rien ne peut l'y déloger, comme s'il fallait voiler mes yeux. C'est triste un ciel sans étoile, le dimanche.
S'immisce alors l'odeur reconstituée d'une étreinte inaccessible, irréelle. Ce soir, elle a l'odeur des fleurs jaunes du printemps, tenace et sucrée.
Je suis à l'affut. Les battements de mon coeur. Je les entends dans le bouts de mes doigts collés au sol, dans ma tête lourde de mes tourbillons, dans mes oreilles bourdonnantes.
Le vacarme du sang assourdissant. Le silence tout autour. Tout résonne. Rien ne raisonne. Mon corps se gèle au fur et à mesure. Les extrémités de mes pieds, nus, finissent par me brûler. Je sens l'oppression qui roule dans mon ventre, jusqu'à ma gorge. Je suffoque, nulle part. Errante.
Je devrais rentrer. Il faut que je rentre. Je dois rentrer.
Seulement, je reste.
Je tremble un peu. Et puis moins. Anesthésiée, je ne sens plus rien. Et pourtant, je sens tout.
23:05 Publié dans Faits d'équilibriste | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
mercredi, 09 avril 2008
Dragon. Fly

Incendiaire. Pyromane ingénu, il forge le brasier merveilleux qui chauffe, au plus profond.
Entre ses vides, le souffle coupé, la chute. Envisageable. Pourtant en apesanteur. Vol diaphane aux frontières de l'insouciance. Des courbes en volutes s'égrainent, légères. Sur ses gardes ; lâcher prise.
La fournaise se diffuse. Goutte à goutte, jusqu'à l'embrasement violent de ses veines. Prête à sombrer au feu dévorant ses chairs.
Il allume si fort, douceur étrange. Protection infime d'un corps déjà brûlé en dedans, abandonné à l'air devenu irrespirable. Suffocant.
Des heures inconséquentes, le jeu vaporeux des combustions primaires inexorables. L'air, le feu, les matières. Réactions en chaîne.
Enflammée jusqu'à la transparence. Danse fabuleuse des folies ardente.
Un instant. Plus de braise, plus de flamme, juste des poussières d'eux. Bleues, incandescentes. Un souffle, un silence. Immobile. Le temps. Après.
Photographie : Melvin Sokolsky, 1963
10:50 Publié dans Faits d'équilibriste | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
lundi, 24 mars 2008
Light, my little fire

Attendre.
Temps nébuleux. Obscures secondes endormies à l'éternel.
Avancer dans le noir. Se cogner contre les murs, imperturbables. Perdre l'équilibre intérieur, quand tout vacille. Même la lueur de l'étoile n'éclaire pas assez. Peut-être est-elle déjà morte. Sans prévenir, dans l'indifférence totale. Trou noir. Y croire encore alors que l'infini frissonne. Malgré l'hypothèse d'un dénouement fatal.
Il fait trop sombre en dedans. La peur. C'est elle qui déraisonne. Ratatine.
La peur de perdre. Enfouie.
Des doutes formidables à la douce inquiétude qui endure l'existence dérisoire mais vitale d'un, en soi, au profond.
Les fantaisistes oublient parfois le limpide, évident. Se perdent dans les mélodies cruelles des défiances. Cassés, s'enduisent d'irrémédiable.
Pourtant la lumière. Embraser la désespérance. Sur un fil, équilibriste, balancée au gré du vent et des tempêtes. Du jour, inaltérable.
Allumer les terres désolées de l'absence.
S'impreigner des lueurs des 'était' pour construire des 'sera' invicibles.
Se barbouiller de l'éclat de l'aurore. Oeuvre fugace.
Profiter des heures blanches pour le sommeil de trêve.
Le retour.
Illustration : Serge Guerand
17:35 Publié dans Faits d'équilibriste | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
mardi, 18 mars 2008
Losing or not. The way

Ohh, Life is bigger
It's bigger than you
And you are not me
The lengths that I will go to
The distance in your eyes
C'est venu là. Etouffement. Le rapprochement des murs de la pièce comme une fatalité. Fuir. Exister en dehors de ce corps allongé.
Every whisper
Of every waking hour
Maintenant impossible. Immobile comme aimantée au lit sans sommeil. Prisonnière, ligotée, étouffée, asphyxiée.
Trying to keep an eye on you
Like a hurt lost and blinded fool
Oh no I've said too much
I set it up
La musique. S'étourdir comme inévitable solution. Grisée, saoulée. Des pointes aiguës aux silences amers. La note bleue.
Consider this
The hint of the century
Consider this
Les larmes. Des perles comme pour maintenir la vie en doute. L'équilibre ténu du caillou déposé dans les brindilles asséchées, prêtes à craquer.
The slip that brought me
To my knees failed
What if all these fantasies
Come flailing around
L'infini. L'ivresse du noir comme ultime fantasme. Embrasser les violences impertinentes et les déchirures immenses. Des miettes.
I thought that I heard you laughing
I thought that I heard you sing
I think I thought I saw you try
La voix. L'étoile d'un murmure comme véritable sens aux lumières presque éteintes. Les morceaux éparpillés dissous à l'acide des silences se rassemblent.
But that was just a dream
That was just a dream
L'étreinte. Les songes de cette chaleur comme pour se raccrocher aux nuages. Les mains se serrent aux couleurs de l'hiver finissant. Juste un rêve. Just a dream...
22:29 Publié dans Faits d'équilibriste | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note




