samedi, 20 décembre 2008

Expérience d'infinie solitude

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Savoir qu'au fil des ans nous étions devenus des étrangers, le constat avait été fait. De blablas inutiles en profondes discussions, il n'y avait plus un doute. J'avais fini par partir, pour me sauver, nous sauver l'un et l'autre. Au prix de douloureuses souffrances qui n'impliquait pas que nos propres vies, mais aussi bousculant cruellement celle d'un petit être qui n'avait rien demandé. Pourtant, le courage au bout de mes doigts, dans mon coeur et comme une survie, j'étais partie.

Quelques mois depuis, de nouvelles discussions, pour continuer d'avancer malgré tout. Dans nos relations, la complicité de dix ans de vie commune, l'amour d'un enfant. Mais nous. Que restait-il de nous ?

Ce matin, dans la peine, nous avons affronté à deux un au revoir cruel. Une disparition brutale. La fin. Nous avions décidé d'y aller ensemble. Nous avons avancé dans l'abbaye presque côte à côte, lui marquant un léger retrait qui laissait présager la suite.

Une magnifique cérémonie. Des mots simples, plein d'espoir, de vains réconforts vers ceux qui souffrent. J'entends encore Satie frissonner tout le long de mon corps perdu. Les yeux dans le vide. L'adieu trop difficile.
Emplie de profonde tristesse, celle que seuls un sourire ou une main tendue peuvent apaiser un instant.
Je n'ai pas eu ce geste vers lui. Il ne l'a pas eu vers moi.
Quand mes larmes ont coulé, quand mon coeur pleurait si fort que je restais silencieuse, muette, atone, j'ai senti l'infini solitude.

Devant la peine et la souffrance, nous étions aussi des étrangers. J'éprouvais alors ce qui était devenu irrémédiablement impossible : la communion de nos âmes dans la douleur. Même ça, nous n'y étions pas parvenus.

Je n'ai pas encore trouvé le repos. Je n'ai pas encore digéré.

J'ai retrouvé mon appartement, les rues sont emplies de passants chargés de paquets, la ville bruisse des couleurs de Noël.

Il me fallait passer à autre chose. Éteindre le feu de mes larmes. Alors, un appel au secours de mon sourire effacé. J'avais juste besoin de l'entendre. Mon complice, mon tendre amour. J'aurais voulu lui raconter ma peine, lui confier ma rage, lui délivrer le constat de l'indifférence que j'avais éprouvé ce matin. Glaciale.
J'ai cherché les mots. Ils ne sont pas sortis. Ma tristesse a du me rendre égoïste.

 

 

 

Commentaires

Oh !! Cette musique...

La vie et le spectacle résigné de sa solitude. J'aurai voulu... Y a t il autre chose finalement que les rêves ?

une chaleur pour toi

Ecrit par : ZORG | samedi, 20 décembre 2008

been there, seen that, felt that... courage.

Ecrit par : kalamity hell | samedi, 20 décembre 2008

Oui, cette musique... Qui résonne dans l'immense et glaciale abbaye... Frissons. Encore.
Autre chose que les rêves ? Oui, forcément : la Vie...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Zorg | samedi, 20 décembre 2008

(Hey... ;) ) Parenthèse refermée...
Merci...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Kalamity Hell | samedi, 20 décembre 2008

ôô

Ecrit par : caillou | dimanche, 21 décembre 2008

Comment peut-on tout vivre ensemble, puis plus rien ? Plus rien du tout, moins que rien même. Comment cela est-il possible, car ne partageons-nous pas parfois bien plus que cela avec un étranger de passage ? Ma Fée, je pense à vous et ma gorge se serre à vous lire.

Ecrit par : Gicerilla | dimanche, 21 décembre 2008

Bah voui ...
Moi, j'aime bien tes Ô nomatopées ...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Caillou | dimanche, 21 décembre 2008

Comment ? La retenue, la peine, la pudeur... Je ne sais pas très bien. La seule chose que je sais, c'est que j'aurai eu besoin d'une main dans la mienne, et qu'elle est restée vide. Mais je ne suis pas venue chercher la sienne non plus...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Gicerilla | dimanche, 21 décembre 2008

Il y a aussi le temps, facteur essentiel, les mains se retrouverons autrement, je te le souhaite, vous tiendrez ensemble l'enfant, ça c'est important, devant les choix il faut supporter, vaille que vaille, ce qui fait mal. Je t'embrasse très très fort et tu sais comme je pense à toi.

Ecrit par : Bougrenette | dimanche, 21 décembre 2008

Oui, le temps...
Demain, plus forts...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Bougrenette | dimanche, 21 décembre 2008

prendre le temps
du repos

celui qu'il nous faut
exactement celui-là
sans savoir ce qu'il est

le prendre
l'apprendre

comme les notes d’un piano

comme les doigts
comme les touches

comme les marches
d’un escalier qui n’en finit pas de monter

et trouver
enfin
le repos
en prendre chaque seconde
de l'éternité qui s'écoule

et continuer
d’en tracer
le chemin de
toutes les années à venir

et
maintenant
prendre le temps
du repos
et
de la promesse que nous nous sommes faite
du





repos

Ecrit par : isdid | lundi, 22 décembre 2008

Egoïste ? Non. Cette tristesse là enferme d'elle même, et d'autant qu'aucune des deux mains, l'ancienne, présente, ni l'aimée, absente, n'a pris la tienne.
Des étrangers alors ? Dans l'instant peut-être, mais muets surtout, comme toi même n'a pas pris la sienne. Parce que trop loin encore des premiers mots après ceux de la fin. Un geste encore trop chargé du poids de l'ancienne vie. Et dans l'église froide, la mort ajoute au silence en cours. Un manque provisoire de vocabulaire, d'une solitude à l'autre, et de la vie, entre temps. De la vie, Fée.

Ecrit par : Slevtar | lundi, 22 décembre 2008

Encore une fois, je regrette d'avoir à commenter après Slevtar... Ou peut être pas car il sait si bien mettre les mots justes sur toutes ces choses qui sont parfois si difficiles à expliquer. Bref...

L'égoisme surement pas. On se laisse s'enfermer dans une pudeur idiote parce qu'on comprend a ses dépends les causes et forcément les conséquences de ses choix. La séparation des corps, le deuil de l'intimité, l'autre qui devient un étranger...

Je crois que tu aurais du prendre sa main.Tu aurais gagné à lui faire comprendre que malgré vos vies différentes maintenant, il restait une part, une page, un chapitre du livre de ta vie. Une manière de lui montrer que vous ne vous étiez pas trompé sur vous même si maintenant les choses sont autres. C'est autant l'incompréhension et l'indifférence qui éteignent les petites lumières de ceux qui font nos vies.

Si seulement j'avais su...

Ecrit par : PTLVQMR | lundi, 22 décembre 2008

Promis, juré !
Le temps...
Avancer, toujours...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Isdid | lundi, 22 décembre 2008

D'une solitude à l'autre... Bien sûr.
Et dans les interstices, qui deviennent failles, puis fossés, tous mes espoirs. Ils sont là.
Le plus beau, c'est que je les partage.
Alors, oui, une profonde solitude. Et en même temps la certitude de l'aimante aimée.
N'est-ce pas là le principal... Que parfois la tristesse enveloppe d'une épaisseur de coton.
Souffler fort. Serrée fort. Hop, disparue...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Slevtar | lundi, 22 décembre 2008

J'aurais sans doute du lui prendre la main. Mais je n'ai pas pu.
J'aurais sans doute du parler. Mais je n'ai pas pu.
Ma douleur s'exprime souvent en silence. Mais j'apprends.
Pas facile d'oser parfois.

L'autre, un étranger... C'est souvent ce qui arrive. Mais je crois que je peux encore faire changer certaines choses. Evoluer. Avec le temps.
Une chose de sûre, c'est que plus jamais, jamais, jamais, je ne laisserai s'installer l'indifférence dans ma vie. Parce qu'on apprend de son passé, mon futur sera autre. Aimant.


"Si seulement j'avais su"... Je crois qu'ils sont autant à bannir que "j'aurais du"... ;)

Ecrit par : Fée d'Hiver pour PTLVQMR | lundi, 22 décembre 2008

Un billet poignant, Chère Fée, tout comme ces commentaires, tous inspirés par une belle âme, celle qui vous anime et que nous trouvons ici.

La sagesse s'acquiert sans doute à travers l'expérience d'infinie solitude, moment pendant lequel on est tout d'un coup confronté à soi-même, bien souvent un passage indispensable et souvent salutaire pour mieux se comprendre et dès lors devenir plus attentif aux autres, à l'amour, à la vie.

Cette même sagesse permet aussi de découvrir qu'in fine, même après avoir tourné la page, on n'est jamais seul.

Ecrit par : Un mot passant | lundi, 22 décembre 2008

Touchée de tes mots ici. Et tu as raison, tous les commentaires inspirés par une belle âme. J'en suis flattée...
De ce ressenti j'en tire une expérience forte.
Dans cette solitude, j'ai fait un pas, encore.
Mais de là à devenir sage ;) !!!! Faut encore avancer !!!!!
Et attentive à la vie, à l'amour... C'est ce qui me pousse, encore et encore...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Un mot Passant | lundi, 22 décembre 2008

courage.... ton 2008 ressemblera peut-être a mon 2009.....
je suis bouleversé par l'émotion de tes mots...
bonnes fetes qd mm...

Ecrit par : Ibid Norio | mercredi, 24 décembre 2008

Je m'arrête là un instant.
Je viens de passer la dernière nuit a découvrir, un a un, vos Faits Divers....Vous, Fée d'Hiver.
Pourquoi Maintenant?
Il m'a fallut un peu de temps pour digérer toutes mes émotions.....encore très présentes à l’instant.
Pourquoi Ici?
Ce texte me bouleverse.........son atmosphère, Vous, Lui, cette solitude.
Vous étiez là, Deux et pourtant Un.
Mais pas comme Un et Un font deux ! Non, comme Un et ……Un.
Vous étiez seuls tout les Deux.
Vouloir sa main. Pour combler celle de l'amant absent ou vivre un dernier UN….avant la fin.
Lui, vouloir vous donner la main. Revivre un instant, pour un instant seulement, ce UN aujourd’hui divisé. Prendre la place de l'homme qui a pris la sienne!
Pouvait-il vous donner la main?…….sans conséquences? Séparé de Vous, en avait-il la force?
Vous auriez pu vous donner la main pour ne faire qu’UN…et après... chac’Un de son côté, partir sans se retourner. En aviez-vous la force?
C’est peut-être mieux ainsi, chacun dans sa solitude….pour le meilleur …..et pour le pire!

Ecrit par : Incube | lundi, 30 mars 2009

Merci de votre passage et de l'attention que vous avez porté à mes notes.
Et contente qu'elles aient générées chez vous une certaine émotion.

Nous n'avons pas eu la force. Ni l'un, ni l'autre.
Comme vous le dites, c'est peut-être mieux ainsi...

Bienvenue ici et à bientôt...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Incube | mardi, 31 mars 2009

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