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lundi, 28 avril 2008

Sans étoile

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Il est minuit. Il fait faussement bon. Soif des ivresses de ces longues nuits où le soleil ne meurt jamais. L'envie subite de m'allonger sur le bitume. Sentir. 
Abandonner mon corps, mes mains, mon esprit. Là, posés, comme une offrande à la nuit. Le sacrifice de ma propre chaleur pour marier la démesure.

En échange, le noir me livre ses impénétrables. Il partage le vent qui bat une petite mesure. Soulève mes cheveux. Une mèche sur mon visage. Rien ne peut l'y déloger, comme s'il fallait voiler mes yeux. C'est triste un ciel sans étoile, le dimanche.

S'immisce alors l'odeur reconstituée d'une étreinte inaccessible, irréelle. Ce soir, elle a l'odeur des fleurs jaunes du printemps, tenace et sucrée.

Je suis à l'affut. Les battements de mon coeur. Je les entends dans le bouts de mes doigts collés au sol, dans ma tête lourde de mes tourbillons, dans mes oreilles bourdonnantes. 

Le vacarme du sang assourdissant. Le silence tout autour. Tout résonne. Rien ne raisonne. Mon corps se gèle au fur et à mesure. Les extrémités de mes pieds, nus, finissent par me brûler. Je sens l'oppression qui roule dans mon ventre, jusqu'à ma gorge. Je suffoque, nulle part. Errante.

Je devrais rentrer. Il faut que je rentre. Je dois rentrer.
Seulement, je reste.
Je tremble un peu. Et puis moins. Anesthésiée, je ne sens plus rien. Et pourtant, je sens tout.

 

dimanche, 27 avril 2008

Silence, ça tourne

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Un jour, je me réveille toute froissée, encore floue et puis je lis ou j'écoute. Ou rien. Des morceaux de mots. Des déchirures. Ou le silence. Alors, je tente de comprendre. Je colle, arrange, mélange. Je souris ou je pleure. Je doute. 

La mécanique du silence est réconfortante. Réalité palpable de l'insuffisance des mots au milieu de l'immense.

Je sais qu'il existe des traces. En fouilleuse de greniers insondables, je les retrouve, çà et là. Et la poussière. Mon souffle est fort.

Je sens comme l'allure est folle. Le film se déroule sous mes paupières closes. Pas de son. Quelques craquements. Dedans, il fait le paradoxe. Il fait noir et gris. Il fait froid et tendre. Il fait manque et existence. Il fait intuition et truisme.
Pourtant, l'axiome est gravé dans nos mains. Les images défilent. Je les ai peintes, croquées, griffonnées, dans une cadence incroyable. Des centaines de feuilles, entassées. Ultimes pièces à conviction. Je les ai rangées dans une boîte.
Mais je veux continuer ces instants. Ceux dans lesquels on met une vie entière.

Je suis un corps de silence, brûlé de l'attente et j'ai besoin d'être pansée. J'invite le silence à mon âme. C'est lui, avec la musique et la danse, qui est capable d'apaiser mon for intérieur. Les guérisseurs de l'intime.
Et, dans le néant vide, quand la peur trace son chemin au loin, quand elle n'est plus qu'un lambeau d'infiniment dérisoire, j'entends enfin.

J'ai besoin des mots, même indicibles et non du bruit. J'ai besoin des mots qu'on dit, qu'on crie, qu'on murmure ou qu'on tait alors comme des évidences. Ceux qui, mélangés aux larmes et aux baisers, forment un mortier indestructible.
Sans ceux-là, ma maison est de paille. Elle s'envole. Pfuittt.

Quelque chose a changé. Je crois.
Je n'ai plus peur. Presque plus peur. Il a suffit d'un rien. Un rien.

 Je veux continuer ces instants. Ceux dans lesquels on met une vie entière.

 

 

free music

mardi, 22 avril 2008

Dreams Machine

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C'est ma folie et ma raison dans ses mains. Sans doute l'a-t-il senti ? Je les y ai déposés. Minuit. L'heure où la nuit luit, tout de gris. Barbouillée. Quelques touches dorés. Filantes.

J'ai fermé les yeux très fort. Si fort. Je me suis endormie. Peut-être ses bras au milieu de mon fouillis. Des tas d'Incertains, des piles d'Envies, des amas de Passé, de Présent, de Demain. Faire valser. Jeter. Tout mélanger. Au milieu, tant à créer. Et par dessus, les nuages.

Tic tac. Sensation parfois oppressante du manque. Le manque de volupté, le manque de rire, le manque de temps. Souvent alors, ce Manque enveloppé de sa tendre amie la Peur se pare de l'Insensé. Vite, Mal faire, Briser, Douter, Ébrécher. Consumer.
Mais là, dans ma nuit, le calme. Les battements du coeur à la mesure du crépitement de la bougie. Vivante. L'intuition reposante d'être les minutes dansantes de ses heures. Et les secondes s'abandonner.

Des petites bulles de temps s'entrechoquent doucement. Des matins de mélanges aux langueurs écrasantes de l'hiver enneigé. Des nuits de balades au bitume brûlant même après la douce pluie de l'été. Des journées de guets aux rivages des mers agitées par l'éveil du printemps. Une vie réinventée aux indolences du vent un peu gourd dans les feuilles de l'automne.

Peut-être n'ai-je pas rêvé. L'instinct de l'évidence. A peine déshabillée, les rubans. Sur le lit. Et les papillons s'envoler.

 

 

Photographie : IneedChemicalX

dimanche, 20 avril 2008

La robe

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Habiller ce matin mon corps en naufrage. Une jolie robe. Légère. Douce aux fibres d'envies.
Couturière. J'amoncelle et j'amasse, petit tas, tous les mots. Ceux du soir, du matin, ceux de rien, même ceux qui sont tus, ceux que je ne lis pas.
Je les couds un à un, les assemble à l'envi. Un Toi contre un Moi, un Voyage à l'envers d'un Baiser, un Soir collé aux Étoiles, un Bientôt adossé à ta Main.
Et beaucoup d'autres encore. Ceux portés par les mers. Bouteilles en creux, vagabondes.
Ceux portés par nos souffles, nos soupirs, nos impatiences. Et mon cri intérieur. Incisif.

Tu les vois, les guirlandes, rubans de mots s'enchaîner tout autour. Des Peut-être me couvrir, des Caresses m'enrouler. Présence et absence, l'envers et l'endroit du même vêtement pour me réchauffer.

Une heure, puis deux, quelques minutes et des secondes, des centaines. L'air. Le vent. Sens comme il s'engouffre. Les plis de l'étoffe. Il soulève les Jamais, nourrit les nuages des Mélancolie et Tristesse. Quelques Toucher, Avide, Larme, Peau, Goûter s'emmêlent et se posent au creux de ma main.

Regarde dehors, le ciel. Entre chien et loup. Maintenant. Que reste-t-il de l'éphémère voile aérien ? Et s'il ne devait y avoir qu'un mot pour habiller ma nuit...

 

 

free music

Photographie : Can Su Boguslu

jeudi, 17 avril 2008

Rêveries

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Se toucher. Arrêter de mourir comme arrêter de courir. Respirer. Il reste une chanson. Écoute. Prends ma taille, vole mon bras, mes jambes. Emmène-moi où je t'attends. Infiniment. Patiemment.

Investis mon corps, le sang qui coule. La berceuse, tu l'entends. Écoute, elle te dit comme j'ai froid. J'ai froid, j'ai froid, j'ai froid. De toi. Accrocher le revers du coton blanc des nuages survoltés. Et ta main.
A ma bouche se posent quelques mots. Rêver, dormir, tendre, enlacés, toujours. Un fouillis incroyable.

Pour l'éclat, il faut sentir l'absence, rouge. Pour la lumière il faut saigner des larmes noires. Écoute. Doucement. Les mots arrachés à l'épaisseur des brûmes.

Peindre les couleurs, essuyer le vide entre toi et le flux dans mes veines. Le chiffon des murmures. Ecoute. Sur la palette, tout se mélange. Comme nos corps abandonnés. Comme les gouttes de pluies rassemblées. Flaque. Eau libre.

Maintenant, se retirer. Laisser la musique trimer sur son labeur mystérieux. Écoute. Tintinnabuler, tintin-mare, s'envoler. Les notes se frôlent mais ne se touchent pas. Froissement délicat. Le rythme est là. La mélodie en deux temps. La présence et l'absence, le silence et les non-dits trop bruyants, le vide et toi. Et puis vite, l'un. L'autre. Un, si fort.

Je me glisse sous tes paupières, c'est la nuit. Je t'envoie mille éclats de lune, mes pincées de plumes. Écoute. Le chant aigu du lointain. Se mélangent nos couleurs. Ocre, terre de soleil. Brillant des étoiles. Tu les vois, je les imagine. J'ai compris les minuscules, accepté les infimes. Des songes. Poussière. Mon or.

 

 

free music

dimanche, 13 avril 2008

Chasing ghost

116062949.jpg Les pas qui résonnent.
Pas assez. Pas encore.
Pas du tout.

Se perdre infiniment dans des pensées instables. Deviner la silhouette fantôme. Savoir la présence et vivre le vide.

Respirer l'air à s'en étourdir, comme s'il contenait les particules d'odeurs d'encore, de froissements d'oreillers, de cris déraisonnés, de lambeaux de corps déchirés, d'encre invisible griffonnée sur le papier.

Nuits noires. La lune, ronde, brille en désespoir. Guetter les étoiles, elles arrivent toujours. Se rassurer. De la main affolée, amasser les petits bouts de rien.

Brûler du néant, des attentes inexorables.
L'espoir enrobé de doutes, cadeau frêle porté aux mains destructrices.

 

Vouloir s'extirper du lourd poids du vide. Aucun signe, plus un bruit, pas même le souffle effacé d'une brise déjà presque évanouie.

L'absence s'insinue, elle entre par la bouche et s'installe avec le silence. Les paroles épaisses deviennent muettes. Le noir saigne dans un mutisme tranchant. Le blanc pleure doucement.

Mais secouer les larmes. Se battre avec la féroce vérité.

No man's land.

Vouloir tutoyer le vent. S'y frotter pour sentir. Se rouler dans les gouttes de pluie. Inventer la caresse des nuages, l'enlacement du soleil, l'étreinte du ciel, le baiser des flocons pour ne pas s'assécher de solitude.

 

 

mercredi, 09 avril 2008

Dragon. Fly

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Incendiaire. Pyromane ingénu, il forge le brasier merveilleux qui chauffe, au plus profond.

Entre ses vides, le souffle coupé, la chute. Envisageable. Pourtant en apesanteur. Vol diaphane aux frontières de l'insouciance. Des courbes en volutes s'égrainent, légères. Sur ses gardes ; lâcher prise.

La fournaise se diffuse. Goutte à goutte, jusqu'à l'embrasement violent de ses veines. Prête à sombrer au feu dévorant ses chairs. 
Il allume si fort, douceur étrange. Protection infime d'un corps déjà brûlé en dedans, abandonné à l'air devenu irrespirable. Suffocant.
Des heures inconséquentes, le jeu vaporeux des combustions primaires inexorables. L'air, le feu, les matières. Réactions en chaîne.
Enflammée jusqu'à la transparence.  Danse fabuleuse des folies ardente.

Un instant. Plus de braise, plus de flamme, juste des poussières d'eux. Bleues, incandescentes. Un souffle, un silence. Immobile. Le temps. Après.


 

Photographie : Melvin Sokolsky, 1963

 

lundi, 07 avril 2008

Solitude errante - deux heures, presque trois d'un matin comme les autres

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Quand tout est désert. Un peu froid.

Poser le corps, morceau par morceau sur la rive, abandonnée. Doucement, enlever les robes et les rubans des demi-mots. Un à un. Dépouillé face à l'immense, face au jugement, face aux peurs, aux interprétations. Tel que l'âme en dedans, tel que le coeur toum toum toum.

Au fond encore, des petits remparts. Dérisoires. Prévenir des éboulements.
Et si un jour, la furie du vent les arrachait ? Ne plus etre protégé. Plus rien du tout.

Tout offrir. Tout donner.
Indécemment.

Choqué des mises à nues impudiques. Sans ambages. Apeuré du réalisme cru des sentiments, de la spontanéité élémentaire des effusions. Mais, l'acceptation d'une telle offrande parfois difficile. Le déshabillé des amours presque brutal.
Alors, souffler doucement sur le feu de l'attente. Laisser aux nuits l'impatience dévorante. Donner le temps au jour d'éclore. Chrysalide.
Tenter d'apprendre le goutte à goutte. Dompter l'avidité. Contenir l'élan incontrôlable. Retenir. Mais pourquoi ?

Vivre la fougue. Libre. Danser au milieu des flammes brûlantes, arabesques voluptueuses d'un corps désireux. Voler en légèreté des empressements à dire, des ardeurs à crier, des tendresses à hurler. Follement.

Laisser aller. La vitesse fantastique. Une porte qui s'ouvre, des mains qui s'emmêlent, des corps qui s'apprivoisent, des mots qui se bousculent, d'autres qui se taisent, des regards qui se frôlent, des envies qui s'enchevêtrent, des frayeurs qui s'évanouissent, des évidences qui naissent.

 

vendredi, 04 avril 2008

Des attractions

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J'avais imaginé le pourquoi de tes yeux emplis de pétillants insondables. Depuis quelques temps, tes couleurs avaient changées. De ta discrétion rieuse, je sentais l'impalpable.

Tes confidences presque muettes dessinaient l'esquisse à peine appuyée du portrait de l'ivresse.

A perdre haleine, tes petits mots en décousu, tes allusions à couvert, je tentais de comprendre.

Mais ce jour, le bleu de tes yeux confondu à l'immense qui nous bordait m'avouait un secret. Insouciante, j'ai entendu les murmures si doux de l'amour élémentaire et les cris rageurs des incompréhensions des autrefois.

Tendrement, ta langue déliée des envies, l'histoire est belle. Le voyage, le train, la main sur la cuisse naturellement, ses yeux, ses yeux, ses yeux, la nudité simplement, sa tête et ton épaule, les retrouvailles impromptues.

Le ravissement en dedans.

Et puis, nous avons fini par croiser sa route. La percevoir. Confrontée à la netteté de la rondeur de son âme. Elle se sent du premier coup d'oeil, elle se voit comme une vérité instinctive. Un choc. Dans la simplicité la plus crue, une main passée autour de mon corps fatigué comme une récompense, un baiser sur ma joue comme une acceptation immédiate.

Tu avais tellement raison. Son élégance sans faille, ses yeux tellement plein de richesse, son sourire de plume, sa générosité qui déborde de partout. Si belle. En dedans.

Et puis Vous. L'unicité. Dans une bulle flottante arrimée à l'infini profond. Vous n'étiez pas deux, mais Un. Un, tourné vers mon monde. Bouleversé.

Ebranlée.

Du peu de minutes partagées, j'ai vécu à la vitesse irrespirable. Ton manque, ta solitude, tes hésitations, ta raison, ta droiture malgré tout, tes barrières. D'hier. Ton amour, ta sollicitude, tes doutes profonds, ton bonheur, ton adhérence. D'aujourd'hui. La bascule, la digue prête à rompre. Ta résilience. L'évidence de Vous.

Si tu savais mon corps parcouru de mille aiguilles, frissonnant de vous. L'éternité devant et le besoin d'isolement. Un long moment, je n'ai pas pu dire. Décrochée du réel, comme on dépend la lune. Floue.

Je m'étais gavée de vous. J'avais englouti vos sensations surprenantes, dévoré vos silences entendus, consumé vos attractions indestructibles.

 

Submergée. J'étais enfin prête. Prête à dire. Vivre.

 

 

mardi, 01 avril 2008

Vers l'horizon

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Il est des regards.
Des regards, trempés de larmes, qui finiraient complices, amis. Fatalement.

Pourtant, dans ces yeux jamais admirés, y lire la rage qui transperce le coeur. Sentir le venin du doute s'y répandre.

Soupçonner le ravage des épines de la peur. Aiguillettes acides s'enfonçant, une a une, dans une chair meurtrie. Deviner la défaillance d'un corps épuisé de souffrance.

Vouloir alors prendre sa place, l'épargner un instant. Réclamer son repos.
Le crier.
Un râle continu de douleur sans autre écho que la violence infâme des vagues déchaînées giflant la digue. Ressac indécent.

Dérisoire caprice de l'enfant gâté. Trépigner dans le profond, taper du coeur à l'intérieur. Ressentir l'impuissance des distances inouïes.

Dessiner enfin la folie des mots réconfortants pour panser la béance inconcevable.
Dans le vent, murmurer le feu qui réchaufferait son âme fendue du chagrin. Dans les brumes, hurler le doux qui envelopperait les bribes de son esprit disloqué.

Deviner le déferlement pudique des perles salées.
Entrevoir le vacarme étouffé des sanglots serrés.

La tempête. Se calmer, un peu. Équilibre fragile.

Lui écrire.
Lui narrer l'infinie solitude.
Lui raconter les mots partagés comme des offrandes aux douleurs profondes, aux soleils enchanteurs, aux bonheurs merveilleux.

 

Souffle coupé, espérer son sourire, sa paix.
Une main tendue.
Horizon.

 

 

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