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jeudi, 28 février 2008
Scènes ordinaires de couples presqu'ordinaires
Extérieur jour :
Elle marche dans la rue, l'air un peu con, le sourire béat. Elle n'a pas l'air seule, pourtant personne à ses côtés. A bien y regarder, elle cache un téléphone sous son épaisse chevelure. Des mots sortent : "petites courses", "n'oublie pas', "oui chéri", "rentre bien".
Elle raccroche, hilare et épanouie, et s'intalle en terrasse boire son café.
********************
Intérieur nuit :
Endormi sur le canapé, il n'attend plus rien. Pourtant, elle est là, juste sous son nez. Doucement il sort de sa torpeur. Dans les vapeurs de sa nuit commencée, au milieu du coton de ses rêves inavoués, il arrive à peine à parler. Égoïste, elle adore l'idée de l'avoir réveillé, pour goûter à lui, sans défense. Toucher celui qui ne réfléchit plus, qui est. Sans détours. Et puis l'entendre lui dire qu'il a envie d'elle. Il veut sa main à elle. Il veut qu'elle prenne la sienne, l'emmène jusqu'au lit où ils se nicheront du moelleux de la couette. Et, l'un dans l'autre, s'endormir. Ou pas...
*******************
Intérieur Jour :
Le téléphone sonne. Elle l'attendait. Elle attend toujours son coup de fil. Il a l'air ennuyé, des problèmes au bureau. C'est un working boy, son homme. "Ne m'attend pas chérie, ce soir. Je vais rentrer tard"... Alors elle sera seule. Que va-t-elle faire ? Rapide tour mental : un film, un qui fait pleurer. Parce qu'elle les aime ceux-là. Ou un livre. Oui, un livre, dans le lit. Elle se dit qu'elle ne mangera pas, juste grignoter, elle n'aime pas diner seule. Elle en profitera pour passer un ou deux coups de fils à ses amies. Elle lui laissera un message, aussi. Elle ne pourra pas s'en empêcher, même si elle sait qu'il sera bien occupé (quelque fois qu'il l'oublie, on se sait jamais...). Parfois, elle arrive à se raisonner, à ne pas l'appeler, et d'autres, comme une pulsion irrépressible, elle empoigne son téléphone et cherche le nom de son amoureux dans le répertoire. Au fond, c'est sûrement parce que quand il n'est pas avec elle, il occupe quand même (toutes) ses pensées.
00:12 Publié dans Faits intimistes | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
mardi, 26 février 2008
Concert au Zèbre II
Encore sous le charme du Montpellierain, les oreilles grisées par le son acoustique et la voix chantante de cet accent ensoleillé, les murmures se font de moins en moins discrets.
Pendant que quelques techniciens réarrangent la scène, un couple se bécote, un autre se touche à peine encore assourdit par la belle surprise vocale, un groupe de potes se marre, une femme tout sourire, aux faux airs de Marie Trintignant distribue ses carambars, amis, inconnus, peu importe, elle partage.
La lumière s'envole, le noir et le silence s'installent. Et puis un cri, deux... Il arrive, s'avance. Beau gosse, finalement, bien plus beau que sur la couverture de l'album ou des affiches. Il commence. Deux chansons de son album à venir. Le public coi, boit les paroles, s'ennivre des sons. Une batterie, une guitare, une voix.
Le plaisir de la découverte, un nouvel univers. De nouveaux mots alignés, tous se concentrent pour s'impreigner au maximum, ne rien louper, ne pas passer à côté.
Et puis l'envie de pouvoir chanter, de l'accompagner en fredonnant. Rapidement, il entonne celle que certains sont ravis de reprendre en choeur:
"Faut-il se tordre
Et brailler pour
Se sentir enfin vibrer ...
Il ajuste et assume
Des baisers trop grands pour ses poches
Il a eu des tonnes d'attention
Et des livres en pagaille
Des mots doux pour le jour
Qu'elle a laissés sur la table ..."
Il alterne chansons de son ancien album et du nouvel. Même pour les connues, la surprise est toujours celle de la version live. Du bonheur.
Une voix au timbre clair et posé, teintée d'influences françaises (il assurera d'ailleurs une très belle reprise de Noir Désir, "à l'envers à l'endroit", véritable moment de bonheur, même pour les aficionados de Bertrand Cantat) mais aussi américaines, de Elvis à Jim Morrison, afro américaines et orientales.
Ressentir ... Fermer les yeux : des nuits de blues aux rythmes affirmés de l'Afrique.
A l'écoute de "mon pays", ce pays, où "il y avait l'amour", ce pays en mal de valeurs, ce pays "où tout se mondialise, se globalise", une jeune femme, la trentaine, a le coeur qui se lève. Saisie par cette complainte lascive aux cordes pincées, frottées, par sa force, des larmes perlent. Un coup d'oeil gêné par cette situation, les yeux se détournent vite d'elle.
Quelle force, pourtant, d'arriver, grâce à sa voix et sa guitare, à faire ressentir de telles émotions. En son for intérieur, la jeune femme le remerciera sûrement, ce n'est pas tous les jours que l'on ressent de pareilles sensations pendant un concert.
Alors forcément, quand le glas de la dernière chanson sonne, la salle retient son souffle. Il doit revenir. Des applaudissements jaillissent quelques cris et des "encore". Il arrive de nouveau. Deux dernières.
Et puis les lumières se rallument. Regardez-les, tous, quand c'est fini, les airs hagards et ébaudis, les pas cotonneux après plus de deux heures debout. Sentez la déception. La déception et la tristesse des fins. Celles de toutes les fins, palpables dans une salle devenue vide des résonances dissipées. Il ne reste plus qu'à sortir, la tête encore dans "Un mot pourrait tout changer c'est vrai, Un mot , Un mot pourrait me porter c'est vrai"...
Mes graines ... A écouter absolument
02:46 Publié dans Faits musicaux | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : fred, sortie de l'album "mes graines " le 3 mars, http://www.fred-lesite.com/
dimanche, 24 février 2008
Concert au Zèbre I
Un mec d'une quarantaine d'année. Il débarque là, devant la scène, déjà électrisé. Dans la salle, certains regards sont interloqués par la dégaine improbable du personnage. Un cuir vert, ouvert, rien en dessous. La peau nue, nue comme les paroles.
Assumer une première partie n'est jamais simple. Le public souvent passif, attend celui qu'il est venu écouter. Et pourtant, l'effet de surprise passé, les visages se décrispent, sourient. Le cabaret à l'ambiance intimiste favorise le rapprochement.
Il attrape sa guitare et part dans un solo.
Rapidement, rentrer dedans et aimer.
Une chanson et il devient un ami. Deux chansons et l'assemblée est une réunion de vieux potes venus pour un petit boeuf.
"C'est la guerre autour de nous mon amour,
Allez avoue, allez, avoue
Avoue que ça te fait du bien
Que ça te fait plaisir
Qu'on fait ça pour rire
Juste pour se faire rugir, pour se faire rougir
Et tout et tout et toujours tout...
C'est la guerre autour de nous
Soudés sous les treillis aux abris
Sous la tonnelle de fusils
J'ai planté des narcisses, dans tes gerçures,
en attendant qu'elles fleurissent..."
Et puis l'accent chantant de ce doux sud...
Aux ordres... A écouter absolument
03:10 Publié dans Faits musicaux | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : http://www.myspace.com/dimonelesite
Peut-être
Peut-être quand même continuer...
02:50 Publié dans Faits divers | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
mardi, 19 février 2008
Perfect day
Je crois qu'après ça, je serai sans doute un peu vide. Je laisse voguer mes mots. Parce qu'ils sont tout ce que je suis. Souvent en écrivant, je me dis, tu en dis trop, tu te montres trop, c'est trop vrai.
C'est lors d'une discussion cette semaine qu'elle m'a dit presque comme ça : vrai ou pas, tu sais, ce qui compte ce sont les émotions, les mots. Elle avait raison. Certains n'ont jamais du se poser cette question, celle du réalisme ou non des situations. Et puis c'est vrai aussi, peu importe.
Ce sont quand même des bouts de ma vie exposés là, et je ne sais même plus dans quelle catégorie j'ai enregistré le blog quand je l'ai ouvert. Journal intime sans doute.
Je ne crois pas vous avoir jamais dit pourquoi j'avais fébrilement décidé la création de Fée d'Hiver. Pour une invitation au Musée! C'est pas top ça ? Bon, il y avait aussi l'envie et le besoin d'écrire qui me taraudaient depuis de bonnes semaines.
Ce soir, je suis trop lâche pour le grand pas, pour tout fermer, tout faire disparaître. Je n'arrive pas à savoir si ce sont des adieux ou des au-revoirs. J'ai fouillé dans les dictionnaires pour m'aider... Rien de très décisif. Juste une nuance "définitivement/pour très longtemps, pour les premiers ou juste prendre congés, pour les seconds". Et puis dire si je vais revenir demain, dans dix jours, dans un mois ou jamais... Je ne sais pas. Pas encore.
Vous avez bordé mes nuits de vos mots, vous m'avez fait sourire, parfois pleuré. Et puis de jolies rencontres. Mêmes de très belles. On a beau dire que c'est du vent, que c'est souvent irréel, impalpable. Je n'y crois pas.
Et puis les mots de Verlaine:
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cour
D'une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure,
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
Le livre que je lis en ce moment : "se résoudre aux adieux" de Philippe Besson.
Il y est dit "Aimer, ce n'est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées. C'est avancer funambule au-dessus des précipices et savoir qu'il y a quelqu'un au bout qui dit d'une voix douce et calme : avance, continue d'avancer, n'aie pas peur, tu vas y arriver, je suis là."
Et aujourd'hui, ce jour, plus que jamais... Avancer...
J'aurais même pu les écrire ces mots.
J'aurais rajouté qu'aimer c'est aussi savoir l'autre, le sentir, devancer ses mots. Les mêmes mots. Se dire "comme si je l'avait fait(e)".
Je ne sais pas pourquoi je pense à la mer ce soir. Sans doute parce que je ne peux pas y aller. Parce que ça serait louche. Peut-être aussi, que, comme une petit fille gâtée, j'ai envie de ce que je ne peux pas avoir... Vite, là, tout de suite.
Peut-être que même, je n'en suis pas vraiment une... J'aime les choses simples, les petites attentions. Pas besoin de gros cadeaux, pas besoin de grand discours. Recevoir un message, passer la journée à parler, à rire, à jouer au "go" pour synchroniser l'écoute des morceaux de musiques partagés, à engloutir des crocodiles haribo (les rouges d'abord, parce que tout le monde se jette sur eux et qu'après il n'y en a plus) ou des mars glacés (quand ils n'ont pas tous été mangés)... Des traces ci et là... Une présence.
Peut-être que cette note n'a ni queue ni tête, pas vraiment de début et pas de fin non plus. Peut-être parce que je n'aime pas les fins, qu'il est tard et que je n'arrive pas à aller me coucher... Peut-être parce que je ne veux pas qu'elle prenne fin, cette journée... Peut-être...
samedi, 16 février 2008
Dizziness
L'absence et le silence
Le vide, le vertige
Ceux qui déchirent
Ceux qui coupent le souffle
Un jour, ça passe ?
Oui, forcément, un jour ça passe...
19:25 Publié dans Fée Lure | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
vendredi, 15 février 2008
Pour le soleil de la journée à venir
mardi, 12 février 2008
La fille à la rose
ERRATUM : Des erreurs se sont glissées dans le texte... Outre les fote d'aurtograffes, détectées par l'oeil vif (m'enfin, quoiqu'aujourd'hui, l'oeil vif, j'en doute !) de maître Cui-pello (corrigées tôt ce matin), j'ai commis deux graves erreurs... Shame on me. Je ne suis pas si mal lotie (faut toujours que je me plaigne... typique de la bonne femme ça !). Oui, j'ai exagéré... C'est pas vrai, j'ai menti, la fin... Niet, nada... Même pas vrai. Alors, vous deux dans mon coeur, pas au même endroit mais dedans quand même, je vous remercie très fort...
C'est le temps des coeurs bien rouge, des chocolats dans des boîtes et des charmantes questions "qu'est-ce que je vais bien pouvoir acheter pour la Saint Valentin ?".
On a beau protester à la bêtise de tous face à l'acharnement commercial de cette fête à la noix, qui aura le courage de décevoir sa belle (ou son amoureux) et de résister à la (dé)pression "14 février" ?
Les souvenirs s'emmêlent.
Me voilà replongée en seconde, j'ai 15 ans. Première année au Lycée prout prout. J'ai deux trois copines, dont une qui sortait avec un copain de son père. Leur relation m'intriguait à l'époque. Moi, j'avais Alain. Nous avions échangé notre premier baiser quelques jours avant la Saint Valentin. Une semaine, deux tout au plus.
Le 14 février était une belle journée. Un soleil magnifique dans le creux de l'hiver. Il était 10 heures 20, c'était la pause. Tous les lycéens dehors. Sur les bancs, assis sur la pelouse, sur les rebords des fenêtres. Tous riaient, parlaient, fumaient. Brouhaha, chahut... Nous, nous discutions.
Puis, du fond de la cour, comme une rumeur galopante, les cris sont devenus des murmures, les éclats de rires des silences. Il avançait, fièrement. Dans mon souvenir, les gens s'effaçaient sur son passage. Les souffles étaient coupés. Après l'effet de surprise, de petits ricanements commençaient maintenant à sortir de la bouche de certains. Mais il continuait droit. Droit... vers moi. Oui, j'avais la désagréable sensation qu'Alain s'avançait vers moi.
Mais pas tout seul, non, pas simplement s'avancer comme un petit ami vers sa chérie. Non, pas simplement... Lui, en plus, il tenait fébrilement dans sa petite main un peu gauche une rose.
Une rose ! Alain s'avançait vers moi, pauvre ado en seconde qui essayait de lutter pour faire sa place dans un lycée de bourgade alors que TOUS les étudiants avaient le nez dehors. Je n'en croyais pas mes yeux. Il avait osé me faire un coup pareil.
Quand il m'a offert la rose, on eût dit une demande en mariage, presque. Le lycée entier sifflait, applaudissait, criait. Une liesse détonante s'était emparée de tous. Bien sûr, je ne savais pas où me mettre. Je suis devenue plus rouge de colère que la rose, plus verte de rage que la tige. J'étais gênée, confuse, furieuse.
Le pauvre Alain, lui, fut viré sur le champ, ou presque. J'ai, en effet, attendu la pause de l'après midi, quand même (!!), prenant bien garde, tout le temps du midi, de longer les murs et de me planquer, afin d'être sûre de ne pas le croiser dans les couloirs. Comportement très classe, je l'avoue !
Je mis des semaines à m'en remettre. Des semaines à voir les sourires en coin des uns et des autres, un peu (beaucoup) moqueurs.
Quelques années après, le petit frère d'une amie, à la veille de la St Valentin, m'a même narré ma propre histoire. J'étais devenue une "légende" ! (vraiment morte de rire). J'étais "la fille à la rose".
Avec le recul, ce geste était si charmant... Qu'est-ce qu'on est con à 15 ans.
Le pire, dans tout ça, c'est que maintenant, je suis grande et vaccinée : recevoir une rose, voire même un bouquet entier ne me fait plus peur et même me fait plutôt parfois envie. Eh bien maintenant, niet, nada ! Plus de fleurs... La vie est vraiment trop injuste !
01:05 Publié dans Fée Stive | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note
dimanche, 10 février 2008
One winter time
13:30 Publié dans Fée néant | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note
jeudi, 07 février 2008
Le frère que je n'ai jamais eu
Quand ça a commencé, j'avais 14 ans. Avant, on se détestait.
Pourquoi ? Je ne me rappelle plus très bien. Avant, bien avant, ces vacances, on se voyait de temps en temps dans le bistrot que fréquentaient nos pères. Traîner là-bas m'était insupportable, alors quand je la voyais, je devais la détester aussi. L'ambiance hostile, les moments amers. On aurait pu puiser en nous la force de trouver le moment agréable, deux figures adolescentes et féminines dans cette atmosphère d'habitués bourrés et très cons. On a pourtant préféré ressentir le dédain et l'ignorance, teintée de légère méchanceté. Regards en coin, chiens de faïence. A celle sans doute qui quitterait l'enfer saoulographique avant l'autre. Jalouse sans doute quand c'était elle la première.
Et puis un jour, un voyage en ski. A peine quelques heures de car et me retrouver déjà dans les bras de mon ... ( de mon quoi d'ailleurs, à cette époque là, on disait quoi ? Mon amoureux ? Mon petit copain ? Allez, va pour mon petit copain ) petit ami, moniteur de son état. Quelques années nous séparaient. J'avais sans doute déjà, à l'époque, un léger penchant pour les hommes plus mûrs !
Et celui-ci de me présenter Elise. Elise était la petite soeur de son meilleur ami. Elle était venue parce que la vie chez elle n'était pas toujours simple, il voulait lui apporter un peu de bonheur.
D'un accord tacite entre elle et moi, elle parce qu'elle lui devait d'être là, et moi parce que j'avais envie de rester dans ses bras, nous avons fait comme si nous ne nous connaissions pas et avons laissé le hasard faire ce qu'il avait à faire. Nous avons discuté, beaucoup, sans jamais évoquer notre "passé" commun. Après cette semaine de découverte mutuelle, finalement, Elise et moi avions décidé de ne plus nous quitter. Nous nous étions, en plus de nos pères alcooliques, découvert une multitude de points communs, de la passion pour la musique, les poètes et l'écriture.
Rentrés des sports d'hiver, nous avons continué à nous voir. On ne se quittait plus, très souvent avec son frère, parfois avec mon petit copain.
Son frère... Son frère, au fur et à mesure, et malgré son addiction destructive à l'héroïne, était devenu presque le mien. Le soir pour m'endormir, il sortait sa guitare et me chantait "toi, le frère que je n'ai jamais eu, ..."
Parfois, il disparaissait de nos vies pendant des jours, nous le pleurions toutes les deux, nous mêlions nos douleurs intenses. Nos peurs. D'autres soirs, il entonnait, gratte à la main, toutes les chansons de Noir Désir qui me hantent encore aujourd'hui. De Marlène à Pyromane, du fleuve à the Wound. Je les ai toutes apprises par coeur, à force de soirées passées avec lui.
Il nous épargnait ses shoots, mais nous laissait parfois dans la terreur des redescentes. Il nous berçait avec Starway to heaven et tailladait les canapés à coup de canif après avoir volé le téléviseur. Il me lisait les poèmes de Jim Morrisson et perdait connaissance trois heures après.
Il a connu les crises de manque, la violence, les dents qui se déchaussent, l'amaigrissement, les deals. Nous, on rangeait les bouteilles de vinaigre, les petites cuillères cramées, les garrots.
Parfois, il y a des moments de notre vie ou de la vie de nos proches qu'on efface, des actions dont on n'éprouve que la légère rémisniscence, de temps à autre.
Avec papa, par exemple, c'est assez étrange. Il m'en a tellement fait baver les dernières années de sa vie, que j'ai toujours du mal à me rappeler nos bons souvenirs et, pire encore, ses bonnes actions.
Et pourtant, aujourd'hui, si le frère est toujours en vie, si il a arrêté la came, c'est aussi un peu grace à lui. Mon père, contre qui j'ai encore tellement de rancoeur. Mon père, dont les souvenirs sont encore teintés d'angoisse et de douleurs. Mon père avait aussi été cet homme là, celui capable d'aider un homme à se sortir de cet enfer. Oui, capable aussi de ça.
Et moi, ça, égoïstement renfermée dans mes propres souffrances, j'avais presque oublié.
10:05 Publié dans Fée Lure | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note




