jeudi, 07 février 2008

Le frère que je n'ai jamais eu

Quand ça a commencé, j'avais 14 ans. Avant, on se détestait.

Pourquoi ? Je ne me rappelle plus très bien. Avant, bien avant, ces vacances, on se voyait de temps en temps dans le bistrot que fréquentaient nos pères. Traîner là-bas m'était insupportable, alors quand je la voyais, je devais la détester aussi. L'ambiance hostile, les moments amers. On aurait pu puiser en nous la force de trouver le moment agréable, deux figures adolescentes et féminines dans cette atmosphère d'habitués bourrés et très cons. On a pourtant préféré ressentir le dédain et l'ignorance, teintée de légère méchanceté. Regards en coin, chiens de faïence. A celle sans doute qui quitterait l'enfer saoulographique avant l'autre. Jalouse sans doute quand c'était elle la première.

 

Et puis un jour, un voyage en ski. A peine quelques heures de car et me retrouver déjà dans les bras de mon ...  ( de mon quoi d'ailleurs, à cette époque là, on disait quoi ? Mon amoureux ? Mon petit copain ? Allez, va pour mon petit copain ) petit ami, moniteur de son état. Quelques années nous séparaient. J'avais sans doute déjà, à l'époque, un léger penchant pour les hommes plus mûrs !

Et celui-ci de me présenter Elise. Elise était la petite soeur de son meilleur ami. Elle était venue parce que la vie chez elle n'était pas toujours simple, il voulait lui apporter un peu de bonheur.
D'un accord tacite entre elle et moi, elle parce qu'elle lui devait d'être là, et moi parce que j'avais envie de rester dans ses bras, nous avons fait comme si nous ne nous connaissions pas et avons laissé le hasard faire ce qu'il avait à faire. Nous avons discuté, beaucoup, sans jamais évoquer notre "passé" commun. Après cette semaine de découverte mutuelle, finalement, Elise et moi avions décidé de ne plus nous quitter. Nous nous étions, en plus de nos pères alcooliques, découvert une multitude de points communs, de la passion pour la musique, les poètes et l'écriture.

Rentrés des sports d'hiver, nous avons continué à nous voir. On ne se quittait plus, très souvent avec son frère, parfois avec mon petit copain.

Son frère... Son frère, au fur et à mesure, et malgré son addiction destructive à l'héroïne, était devenu presque le mien. Le soir pour m'endormir, il sortait sa guitare et me chantait "toi, le frère que je n'ai jamais eu, ..."

Parfois, il disparaissait de nos vies pendant des jours, nous le pleurions toutes les deux, nous mêlions nos douleurs intenses. Nos peurs. D'autres soirs, il entonnait, gratte à la main, toutes les chansons de Noir Désir qui me hantent encore aujourd'hui. De Marlène à Pyromane, du fleuve à the Wound. Je les ai toutes apprises par coeur, à force de soirées passées avec lui.

Il nous épargnait ses shoots, mais nous laissait parfois dans la terreur des redescentes. Il nous berçait avec Starway to heaven et tailladait les canapés à coup de canif après avoir volé le téléviseur. Il me lisait les poèmes de Jim Morrisson et perdait connaissance trois heures après.

Il a connu les crises de manque, la violence, les dents qui se déchaussent, l'amaigrissement, les deals. Nous, on rangeait les bouteilles de vinaigre, les petites cuillères cramées, les garrots.

 

Parfois, il y a des moments de notre vie ou de la vie de nos proches qu'on efface, des actions dont on n'éprouve que la légère rémisniscence, de temps à autre. 
Avec papa, par exemple, c'est assez étrange. Il m'en a tellement fait baver les dernières années de sa vie, que j'ai toujours du mal à me rappeler nos bons souvenirs et, pire encore, ses bonnes actions.
Et pourtant, aujourd'hui, si le frère est toujours en vie, si il a arrêté la came, c'est aussi un peu grace à lui. Mon père, contre qui j'ai encore tellement de rancoeur. Mon père, dont les souvenirs sont encore teintés d'angoisse et de douleurs. Mon père avait aussi été cet homme là, celui capable d'aider un homme à se sortir de cet enfer. Oui, capable aussi de ça.
Et moi, ça, égoïstement renfermée dans mes propres souffrances, j'avais presque oublié.

 

Commentaires

J'aurai mille choses à dire sur ce post, tellement, que je ne saurais pas par où commencer. Alors je dirai simplement que je t'embrasse, même si je le dirais bien mille fois aussi ...

Ecrit par : Boris | jeudi, 07 février 2008

Parfois...il suffit de peu de choses pour que les souvenirs refassent surface... ils sont autant de messages pour nous... Des sortes de signes...pour nous apprendre ou ré apprendre à affronter la vie.
Et, qui sait ? C'était peut etre aussi le moment où votre esprit a voulu vous rappeler..comme pour vous mettre au milieu du visage... l'essentiel...
au plaisir douce Fée...

Ecrit par : orphee | jeudi, 07 février 2008

oOuf, et bien petite fée, quand vous vous y mettez, ça dépote...

Ecrit par : belami | jeudi, 07 février 2008

"Oh oui Germaine est moins bien que vous
Oh oui Germaine elle est moins belle
C'est vrai que Germaine a des cheveux roux
C'est vrai que Germaine elle est cruelle
Ça vous avez mille fois raison
Je vous ai apporté des bonbons"

Juste parce que quand je lis "mille fois", je l'entends le murmurer : "miiille foai rraison"...
pi les bonbons, c'est tellement bon !!!

Mille mercis à toi...
Mille choses à dire, hein ? !!!

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Boris | jeudi, 07 février 2008

Il y a des soirs comme ça : je veux tout couper, tout éteindre, l'ordi, msn... Et puis c'est plus fort que moi. Il faut que ça sorte. Alors, avec les yeux qui piquent un peu, la fatigue bien là pourtant, j'écris...
Vous avez sans doute raison, chercher à savoir pourquoi. Pourquoi hier soir, pourquoi cette histoire...
Ne pas oublier.

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Orphée | jeudi, 07 février 2008

Oui, des histoires, des potes... ;-)

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Belami | jeudi, 07 février 2008

Les mots manquent parfois ,alors juste les gestes , vous prendre dans mes bras vous embrasser tendrement , puis vous regarder et vous sourire ,sans rien dire.
être à cet instant une présence entre vos fantomes.

Ecrit par : frédéric | jeudi, 07 février 2008

Donner du sens à tout ce qui nous arrive. "Le sens n'est pas dans la réalité objective, il est dans l'histoire et dans le but poursuivi." Un récit tel que le vôtre, vous permet de re-représenter : le père alcoolique, l'ami auto-déstructeur... Tous deux, dans leur souffrance, ont dû interpeller l'enfant qui les observait ou les subissait et qui se demandait "Et moi, ma présence ne te fait rien? Tu te détruis malgré ce que je ressens pour toi et ce que j'aimerais que tu ressentes pour moi?"

Vous trouverez ce sens en vous accordant le temps et en vous confiant à vous-même à travers ceux qui vous lisent dans ce monde-ci, virtuel.

Et puis vous verrez ce que vous êtes devenue: belle, intelligente, séduisante, ... D'autres vous le diront. Cela n'efface aucunement l'escarre mais au moins la résilience fera son chemin. Avec le temps, ceux qu'enfant, nous jugions avec la sévérité absolue - parfois à juste titre, deviennent acceptables et curieusement, parfois moteur de ce que nous devenons.

Le hasard fait qu'aujourd'hui, dans mon 'blogitexpress', je citais Boris Cyrulnik dont je viens de terminer le superbe essai "Parler d'amour au bord du gouffre" (éd. Odile Jacob 2004).

Découvrez-y les exemples qui démontrent que les pires blessures peuvent se transformer en grand bonheur tout en puisant dans ses propres ressources.

Merci d'avoir partagé ces réminiscenses.

Au revoir jolie fleur... pardon... jolie Fée.

Ecrit par : Ex-mot | jeudi, 07 février 2008

Des moments pour oublier et d'autres, comme sur cette note, avec ces mots et cette émotion magnifique, pour graver dans son coeur et sa mémoire le souvenir, autrement. C'est un honneur, bonheur que de te lire ainsi.

Ecrit par : Bougrenette | jeudi, 07 février 2008

les mots...tion
Les mots libérateurs
L'écriture révelatrice.
Tu as osé. C'est ta force. Grandis

Je t'envie en cet instant

Tu es belle

Ecrit par : ZORG | jeudi, 07 février 2008

"She looked so sad in sleep, like a friendly hand, just out of reach, a candle stranded on a beach, while the sun sinks below, an H-bomb in reverse"

Tu comprends, n'est ce pas ? Bien sûr, tu comprends. Comme moi.
Je t'embrasse fort

Ecrit par : M. | jeudi, 07 février 2008

Quelquefois la douleur de vivre, morcèle notre vie comme des instantanés pris au flash, sous une lumière crue et traumatisante.
On ne retient que l'amertume et les positions péremptoires que l'on adoptait, en sauvegarde.
Certaines personnes restent à jamais figées dans ces postures, d'autres comme vous se forgent avec la sensibilité et l'intelligence du coeur.
C'est des profondeurs de leur sensibilité qu' émergent les souvenirs, les pressentiments qui ont imprégnés leur mémoire.
Ils prennent un relief tout autre et s'assemblent pour reformer le puzzle de leure vie ; ils viennent ouvrir des perspectives sur des vécus antérieurs qui sont parfois plus essentiels que les portes donnant sur l'avenir.
Ces signes quand on les écoutent , les laisse vous envahir, remuer nos entrailles, apportent les larmes, l'apaisement et rapproche les êtres qui nous sont chers.
Merci de nous faire partager ces moments.
Un ami écrivait
"Aie toujours une part de vide
si tu souhaites recevoir.
Creuse-toi, fût-ce de souffrance,
s i au bord du rêve on t'attend"

Ecrit par : MarieM | jeudi, 07 février 2008

Eh bien, Fée, que d'émotions! après ta note éprouvante, "les pires blessures peuvent se transformer en grand bonheur"..... dixit Ex-mot.
C'est ce que j'essaie de me dire si souvent, mais qqefois les blessures sont si profondes.....

Ecrit par : sélène | jeudi, 07 février 2008

Il est des instants où les larmes embellissent le visage des fées...

Ecrit par : E-Lover | vendredi, 08 février 2008

Le silence, oui ... "Le silence est un ami qui ne trahit jamais", Confucius
Merci ...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Frédéric | vendredi, 08 février 2008

J'apprends, j'apprends...
Et puis, vous avez raison : des souvenirs difficiles, aujourd'hui, j'y puise aussi des beaux... Sa voix, la guitare, je les entends encore. Mon sourire et mes "encore", comme des "bis" infinis à ses petits spectacles dont nous étions les seules groupies.
Et puis papa...

Merci pour vos mots...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Ex-Mot | vendredi, 08 février 2008

Le partage de nos émotions...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Bougrenette | vendredi, 08 février 2008

Il fallait que ça sorte. Comme une frénésie, les mots s'enchainent, les idées se bousculent, le tout pas forcément très clair, mais tellement empreint, bourré de toutes ces émotions, oui... Emotions.

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Zorg | vendredi, 08 février 2008

Oui... Forcément je comprends...

"An angel runs
Thru the sudden light
Thru the room
A ghost precedes us
A shadow follows us
And each time we stop
We fall"

"We can play music.
But you want more.
You want something and someone new.
Am I right?
Of course I am.
I know what you want.
You want ecstasy
Desire & dreams.
Things not exactly what they seem.
I lead you this way, he pulls that way.
I'm not singing to an imaginary girl.
I'm talking to you, my self.
Let's recreate the world.
The palace of conception is burning.

Look. See it burn.
Bask in the warm hot coals."

Ecrit par : Fée d'Hiver pour M. | vendredi, 08 février 2008

Cette chanson "toi le frère que je n'ai jamais eu..." elle me touche à un point... C'est une histoire de blessure...

L'ironie, c'est que j'ai un frère que j'adore... Comme quoi quand les chansons s'adressent à tous, on le sait, elles nous vrillent le coeur et s'inscrivent dans nos gènes...

Douce Fée, trouve une épaule confortable, pose toi au creux et, à l'aide d'un déhanché dont tu as le secret, envoie balader ton chagrin / tristesse / nostalgie / douleur ? (comment savoir vraiment...avec toi....)

V

Ecrit par : Vendetta | vendredi, 08 février 2008

Et puis feuilleter parfois l'album de nos vies. Reprendre en plein coeur les images, les sons, les voix, les odeurs, les sensations.
Se contruire avec tout cela.
Faire des failles une force pour plus tard...

Et peut-être que oui, au bord du rêve, on pourrait m'attendre...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour MarieM | vendredi, 08 février 2008

Oui... Tout ceci est bien paradoxal.
En écrivant, j'étais partagée entre le coeur serré des moments durs et des moments doux, des tristesses et des éclats de rire. Du papa zéro au papa héro...

Mais surtout toutes ces musiques en tête. Et puis l'envie de ne me souvenir que du meilleur.

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Sélène | vendredi, 08 février 2008

et des mains qui se tendent pour les absorber....

Ecrit par : Fée d'Hiver pour E-Lover | vendredi, 08 février 2008

Les émotions des chansons... Un vrai paradoxe :-)
Tiens, ça me fait penser que plus je suis triste, plus je trouve de réconfort dans des chansons encore plus tristes.

Pour les secrets du déhanché, deux ou trois cours de salsa, un ou deux de hip hop, trois de lady style, et zou, l'affaire est dans le sac :-)


(Tu as raison, avec moi, comment savoir...
Peut-être que je ne sais pas moi même. Peut-être que ...
Et puis, est-il nécessaire de savoir ? )

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Vendetta | vendredi, 08 février 2008

Merci de partager avec nous ce que tu as de plus précieux. Tes émotions, tes contradistions, tes doutes

Tout est en nous. Aussi la question pourrait etre:
- Comment faire fleurir ce qui est enfoui?
- Comment en faire jaillir lumière et beauté?

Je t'embrasse Fée

Ecrit par : arno | vendredi, 08 février 2008

Le frère que j'ai. Et que je n'ai pas su ou pu aider.

Et cette dernière phrase de cet émouvant témoignage qui , je le sens , va résonner longtemps en moi.

Merci.

Ecrit par : Dana | vendredi, 08 février 2008

Ce n'est pas toujours simple... De faire jaillir le bon du marasme, le beau de la merde (pardon de l'expression, mais les addictions, quelles qu'elles soient, putain, quelle merde).
Il faut croire en nos forces... Se nourir des bonnes choses, les provoquer parfois... Croire qu'elles finissent par arriver...
Ca répond pas à ta question, mais je ne suis pas toujours très docile !

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Arno | vendredi, 08 février 2008

De rien ...
Il n'est peut-être pas trop tard...
Oui, il nous arrive souvent d'étre mu par les souvenirs négatifs... Mais se rappeler aussi parfois du positif...

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Dana | vendredi, 08 février 2008

Allez j "arrête de sucer ma guimauve , j'me remets une balle dans la Kalachnikov et je me rejoue un coup de roulette ..
Putain de vie qui defile ....
un frère Crs, une sœur qui s'appelle Carla c'est vous dire , mon père que j'ai tué , ma mère que j'ai violé ( non je deconne elle s'est accusée du meurtre pour que j'hérite) Ma fille myopathe qu'arrive pas à avoir le sida son frère fonctionnaire et sa femme ( celle de son frère à sa soeur casse couille .. la vie est mal foutue .. Et toujours ces putains de réunion à la con avec le DG . Clac ....
un coup pour rien
Le bien , le mal mais pourquoi j'ai pas eu le droit d'aller chez les curés alors que j'ai fait la communale ..Clac
putain c'est enrayé ou quoi?
Et le chat qui pissait plus dans sa litière il est quand même mieux cloué sur la porte, on y met bien des têtes de cerf .. Clac .. merde toujours rien ..
C'est comme les gosses j'adore les gosses . Le gosse c'est comme le lapin , il a le même regard que le lapin quand il voit la mort arriver.
Clac merde c'est plus ce que c'était le matos soviètique ..
Mais bon de dieu pourquoi c'est toujours aux autres qu'il arrive des choses Bon allez
CLIC CLAC
j'm"couche je sens que je vais encore trop positiver et ça va encore me faire du mal
Allez encore un coup de fouet , pardonne moi Starko j'ai encore péché

Ecrit par : storman | vendredi, 08 février 2008

... et je vous le dis
Vous croiserez sur votre chemin
des frères et des soeurs
prêts à vous tendre la main
et à marcher sur l'eau avec vous
Venez, on vous emmène
au gré du vent

Ecrit par : L'Ouragane | samedi, 09 février 2008

Peut-être que le machin russe dont tu parles ne s'utilise pas comme ça...
M'enfin, j'dis ça... ça m'ennuierait que tu ne sois plus là demain :-) !!!
Pis, y a ta belle, elle serait trop triste... Elle viderait le compte en banque à acheter des guépières rouge en ton souvenir...
Non, reste donc encore un peu ;-)))

Par contre, pour ce qui est de la réunion avec le DG, là... Enfin, tu sais ;-)

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Storman | samedi, 09 février 2008

Des frères et des soeurs... Hou hou, ça serait le bonheu-eur !!
Pour la proposition, faut quand même que je vous dise, marcher sur l'eau et la mer qui s'ouvrirait devant nous, c'est pas vraiment vrai... Bah oui... C'est comme le père Noël... Alors si on se tient la main, en plus, la seule chose qu'on va réussir à faire, c'est couler !!!!

(Merci ma belle, je prends vos pensées ! Et votre main!)

Ecrit par : Fée d'Hiver pour L'Ouragane | samedi, 09 février 2008

Belle oui, dans tes bonheurs autant que dans tes blessures, et ta façon de nous les livrer.
J'ai eu l'extraordinaire privilège de partager quelques atlantiques avec mon père, mais une soeur, Fée, une soeur de sang, comme elle manque à mes traversées.
Leur absence m'est précieuse. De te lire aussi.

Ecrit par : Slevtar | lundi, 11 février 2008

Précieuse comme une petite perle au fond des mers... Et un caillou dans ta poche pour tes prochaines traversées.

Ecrit par : Fée d'Hiver pour Slevtar | lundi, 11 février 2008

Les commentaires sont fermés.